Coup d'État en Thaïlande

Des blindés et des soldats ont occupé le siège du gouvernement, à Bangkok.
Photo: Agence Reuters Des blindés et des soldats ont occupé le siège du gouvernement, à Bangkok.
Le premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra, qui participe à New York à l'Assemblée générale de l'ONU, a tenté de s'opposer à ce coup d'État en décrétant l'état d'urgence, et un porte-parole de son gouvernement, également aux États-Unis, a affirmé que les autorités légitimes contrôlaient la situation.

«Les forces armées thaïlandaises dirigées par le général Sonthi Boonyaratglin ont renversé le gouvernement du premier ministre Thaksin Shinawatra et imposé la loi martiale», a annoncé un général.

La constitution thaïlandaise de 1997 a été suspendue, ainsi que le Parlement, le gouvernement et la Cour constitutionnelle, a poursuivi le général Prapass Sakuntanat à la télévision nationale, au nom des putschistes. C'est la première fois depuis mai 1992 que l'armée s'empare du pouvoir en Thaïlande.

Apparemment sans tirer un seul coup de feu, des blindés et des soldats ont occupé le siège du gouvernement et, tard dans la soirée, le général Sonthi, chef de l'armée de terre, et à ce titre patron des militaires en Thaïlande, a été reçu par le roi Bhumibol Adulyadej.

Des chars et des soldats fortement armés étaient visibles dans les rues de la capitale thaïlandaise. Selon un haut responsable de l'armée, les insurgés se sont emparés des six stations de télévision du royaume, ainsi que des stations de radio.

La loi martiale a été décrétée et tous les militaires ont reçu l'ordre de rejoindre leurs unités. Les putschistes ont interdit tout mouvement de troupes non autorisé par eux, ce qui laisse penser qu'ils redoutent une possible réaction d'unités loyales au gouvernement.

Le général Prapart a précisé que les forces armées avaient mis en place une structure destinée à mener des réformes politiques et a accusé le premier ministre d'avoir divisé le peuple thaïlandais «comme jamais dans l'Histoire», d'avoir favorisé la corruption et empêché les organismes indépendants de faire respecter l'esprit de la constitution de 1997.

Weerasak Kohsurat, un ancien ministre, a déclaré que, selon lui, la commission politique mise en place serait dirigée par un conseiller du roi, Sumate Tantivejakul, et qu'un gouvernement intérimaire serait formé. Des élections seront rapidement organisées et Thaksin sera autorisé à y participer, a-t-il ajouté.

À New York, M. Thaksin a fait savoir qu'il se considérait toujours comme le chef du gouvernement. Il avait auparavant annoncé sur une chaîne de télévision qu'il avait limogé le général Sonthi et décrété l'état d'urgence.

Dans une déclaration lue à la télévision, le général Sonthi, 59 ans, premier musulman à diriger l'armée de terre en Thaïlande, pays largement bouddhiste, a déclaré que cette prise de pouvoir était temporaire et que le gouvernement serait «rendu au peuple thaïlandais dès que possible».

La télévision nationale, qui a interrompu ses programmes, diffuse régulièrement des images du roi Bhumibol, 78 ans, tandis qu'un communiqué précise que les forces loyales au roi ont pris le pouvoir pour maintenir la loi et l'ordre.

M. Thaksin, riche homme d'affaires de 57 ans, dirigeait la Thaïlande d'une main de fer depuis 2001.

Depuis quelques semaines, une nouvelle campagne visant à l'évincer avait été lancée par ses adversaires. En août, au lendemain de la découverte d'une voiture chargée d'explosifs près de sa résidence, M. Thaksin avait accusé des officiers de l'armée d'avoir voulu attenter à sa vie.

Dans le Sud, le séparatisme musulman est combattu avec une poigne de fer, ce qui suscite la défiance de la population.

Fin janvier, un événement avait fini par catalyser l'opposition: la famille de M. Thaksin avait vendu à un holding singapourien l'ensemble des parts qu'il détenait dans l'empire Shin Corp, empochant 1,9 milliard de dollars. La presse s'était insurgée contre l'exemption fiscale appliquée au bénéfice de la vente, alors que des milliers de manifestants descendaient dans les rues de Bangkok pour réclamer sa démission de M. Thaksin.

Pour tenter de sortir de la crise, M. Thaksin avait convoqué les élections législatives trois ans plus tôt que prévu et remporté les élections du 2 avril. Mais le scrutin, boycotté par l'opposition, avait été invalidé en mai par la Cour constitutionnelle après une intervention exceptionnelle du roi Bhumibol Adulyadej, qui avait qualifié le processus de non démocratique.

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