Une mission québécoise fait le point - «La Palestine est une prison à ciel ouvert»

De retour d'une mission de 12 jours en Israël et dans les territoires occupés, 10 représentants québécois de différentes organisations humanitaires, syndicales et sociales ont relaté, hier à Montréal, les sentiments de douleur et d'injustice dont ils ont été témoins là-bas.

«On a pu rencontrer des enfants qui doivent sortir de leur école [...] parce que les tanks sont aux portes, des femmes dont les étalages de fruits et légumes sont jetés par terre de façon désinvolte, des hommes qui ne peuvent plus circuler d'un endroit à l'autre. Aussitôt qu'il y a regroupement, il y a intervention» de la part des militaires, a déploré la présidente de la Centrale des syndicats du Québec, Monique Richard, chef de cette mission.

Du 6 au 18 octobre, des représentants de Médecins pour une justice sociale, de la Fédération des femmes du Québec, de la Fédération étudiante collégiale du Québec, de l'Association québécoise des organismes de coopération internationale, entre autres, se sont rendus à Ramallah, Jérusalem, Tel-Aviv, Hébron, Bethléem, Gaza, Djénine et Ber-Sheva.

Le groupe a pu rencontrer le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, ainsi que des représentants d'organisations israéliennes et palestiniennes.

Eux-mêmes ont vécu les longues attentes aux points de contrôle, les fouilles minutieuses ou les interrogatoires d'une durée de deux heures à l'aéroport, même s'ils étaient Canadiens, ont-ils, tour à tour, raconté en conférence de presse. Pour l'urgentologue Paul Lévesque, de Médecins pour la justice sociale, «la Palestine est une prison à ciel ouvert» dont les infrastructures ont été détruites. Il s'est dit troublé par ce qu'il a vu: «l'humiliation quotidienne» de milliers de gens qui subissent l'occupation et qui doivent se soumettre aux points de contrôle. «De nouveaux territoires sont saisis tous les jours; des enfants sont empêchés de se rendre à l'école», a-t-il relaté. Ces gens vivent sous «un régime pur et simple d'apartheid», a lancé le médecin.

François Crépeau, avocat et professeur de droit international à l'Université de Montréal, aussi membre de cette mission, a pour sa part relaté les destructions de maisons et d'ambulances, des points de contrôle parfois tous les 10 kilomètres, les routes bloquées par des buttes de terre pour empêcher l'accès aux villages, d'autres routes barbelées.

Gervais L'Heureux, président de l'Association québécoise des organismes de coopération internationale, a plaidé de son côté en faveur d'une intensification du boycott international des produits israéliens, un moyen qui serait utile, selon lui, pour faire avancer la cause. Les différents membres de la Coalition pour une paix juste en Palestine, qui regroupe des membres de la société civile au Québec, doivent d'ailleurs discuter de la question du boycott entre eux.

Selon M. L'Heureux, «la présence des missions internationales est importante et essentielle», car elle permet de décrire ce qui est véritablement vécu là-bas, au-delà des versions officielles.

Le groupe espère maintenant faire pression sur le gouvernement canadien pour qu'il soit plus actif dans le dossier, qu'il fasse davantage que s'opposer théoriquement à l'occupation israélienne.