Projet de résolution de l'ONU sur l'Irak - «Empoignades» avec Washington

New York — Le projet américain de résolution de l'ONU sur l'Irak, qui imposerait des conditions draconiennes et un calendrier très strict aux inspections en désarmement, a été accueilli froidement hier à Paris et Moscou, alors que Washington s'est dit déterminé à aller de l'avant.

À Bagdad, le président irakien Saddam Hussein a présidé une réunion consacrée aux mesures à adopter pour faire face à une éventuelle frappe américaine.

Les États-Unis ont reconnu qu'ils s'attendaient à des discussions «compliquées» et à des «empoignades» sur le texte qu'ils ont soumis lundi aux quatre autres membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU.

«Ces discussions vont de l'avant», mais «ce sera un processus compliqué parce que le texte est long, et il y aura aussi probablement des empoignades», a déclaré le porte-parole du département d'État, Richard Boucher. La Maison-Blanche a néanmoins averti que les Nations unies «n'avaient pas tout leur temps» pour approuver une nouvelle résolution.

Les ambassadeurs des cinq membres permanents (Chine, France, Grande-Bretagne, Russie et États-Unis) devaient se réunir pour la deuxième fois en 48 heures.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov, a affirmé que le texte américain ne correspondait pas «pour l'instant» à ce que souhaite la Russie.

«Nous sommes prêts à travailler sur un projet de résolution qui permette un travail efficace des inspecteurs, qui soit réaliste et ne comporte pas de points qui ouvrent la voie à un recours automatique à la force», a précisé le ministre russe.

De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a déclaré à Luxembourg que «des progrès sont encore nécessaires et qu'il reste beaucoup de travail à faire» avant d'aboutir à un accord.

Le projet préconise que les inspecteurs en désarmement aient un accès complet et immédiat à tous les sites qu'ils décident de visiter, quels que soient les accords qui avaient pu être précédemment passés entre l'Irak et les Nations unies à leur sujet.

Bagdad aurait sept jours pour accepter officiellement la nouvelle résolution, après son adoption.

Il disposerait ensuite de 30 jours pour fournir une liste de tous ses programmes d'armements.

La Commission de contrôle, d'inspection et de vérification des Nations unies (COCOVINU) et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) auraient ensuite 45 jours pour commencer leurs inspections. La résolution «ordonne» aux directeurs exécutifs de ces deux organismes «de faire immédiatement rapport au Conseil de sécurité de toute violation de l'Irak à l'une des obligations».

Le Conseil se réunirait alors immédiatement «afin d'étudier la situation et la nécessité de se conformer complètement à toutes les résolutions du Conseil afin de rétablir la paix et la sécurité internationales».

M. Boucher a indiqué que ce texte serait présenté «bientôt» aux dix membres non permanents du Conseil de sécurité.

Le président américain George W. Bush a rappelé que «la politique établie des États-Unis est celle d'un changement de régime en Irak parce que, pendant onze ans, Saddam Hussein a ignoré les Nations unies».

«Mais s'il travaillait avec les Nations unies (...) alors nous pourrions considérer que son régime a changé», a toutefois ajouté le président américain. Le directeur général de l'AIEA, Mohammad El-Baradei, a demandé aux États-Unis et à leurs alliés de laisser aux inspecteurs en désarmement de l'ONU une chance de faire leur travail en Irak avant qu'ils décident de prendre toute autre mesure.

Le Pentagone a annoncé un renforcement des forces navales et aériennes au Moyen-Orient, notamment avec le déploiement anticipé du porte-avions USS Constellation, qui croisera en décembre en même temps que le USS Abraham-Lincoln.