Attentat spectaculaire dans le nord d'Israël - Une «voiture suicide» contre un bus

Un des nombreux blessés extirpés de l’autobus en flammes, hier: des explosions en série.
Photo: Agence Reuters Un des nombreux blessés extirpés de l’autobus en flammes, hier: des explosions en série.

Au moins quatorze personnes ont péri dans un attentat à la voiture piégée commis hier par des islamistes palestiniens contre un bus bondé dans le nord d'Israël, torpillant les espoirs de dialogue suscités par les récents efforts américains et européens.

Carrefour de Karkur — Une «voiture suicide» a explosé hier en passant devant un autocar immobilisé à un arrêt sur la route entre les localités d'Afula et Hadera, dans le nord d'Israël, faisant au moins 14 morts — outre l'auteur de l'attentat — et plus de 50 blessés, a-t-on appris de source policière.

Il s'agit du premier attentat suicide spectaculaire depuis celui qui avait fait six morts dans un autobus il y a un peu plus d'un mois à Tel Aviv.

Celui d'hier a été rapidement revendiqué à Beyrouth dans un message lu sur la chaîne de télévision du Hezbollah par les Brigades de Jérusalem, l'aile militaire du mouvement intégriste palestinien Djihad islamique.

L'explosion, qui a été suivie d'un incendie, a projeté un immense champignon de fumée noire dans le ciel et totalement pulvérisé l'autocar, a rapporté à la radio israélienne un automobiliste qui circulait à quelques dizaines de mètres des lieux du drame.

«Il y a eu des explosions en série. Les flammes se sont propagées dans le bus à une vitesse incroyable. Nous n'avons pas pu entrer pour aider quiconque. Il était plutôt dur de voir les gens que nous ne pouvions plus aider», a raconté Michael Yitzhaki, un passager qui a réussi à s'extraire de l'autocar.

La police a estimé que la voiture contenait 100 kg d'explosifs.

Selon des sources proches de la police, le corps d'un seul kamikaze a été retrouvé, mais la générale Ruth Yaaron, porte-parole de l'armée, a déclaré qu'outre les 14 passagers de l'autocar, deux auteurs de l'attentat pourraient avoir été tués.

Elle a affirmé que l'attentat avait été préparé par le Djihad islamique à Djénine, ville de Cisjordanie où un couvre-feu, destiné à prévenir de nouveaux attentats, a été levé la semaine dernière.

«Chaque fois que nous voulons donner aux civils un espoir de retour à une vie normale, nous nous apercevons de manière très douloureuse que la structure terroriste, non seulement demeure mais se renforce. C'est dévastateur», a-t-elle déploré.

«Il nous faut réexaminer la situation pour décider de la conduite à tenir.»

Condamnations de l'attentat

L'attentat s'est déroulé au niveau de la localité de Pardes Hanna, au carrefour de Karkur, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Tel Aviv.

La semaine dernière, les forces de sécurité avaient exprimé la crainte d'une recrudescence imminente des attentats.

Intervenant à quelques jours d'une mission diplomatique de l'émissaire américain William Burns dans la région, l'attentat a été attribué par l'entourage du premier ministre Ariel Sharon aux «terroristes» qui, selon lui, sèment la guerre dans les rues d'Israël dans l'indifférence la plus complète de l'Autorité palestinienne.

À Washington, le porte-parole de la Maison blanche, Ari Fleischer, a déclaré: «Le président [George W. Bush] condamne le dernier attentat en Israël, qui constitue un nouveau rappel de l'importance qu'il y a de continuer sur le chemin de la paix et de mettre fin au terrorisme.»

À Luxembourg, le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres, a déclaré de son côté à Reuters: «Nous savons qu'il peut être impossible de prévenir tous les actes de terreur, mais nous attendons pour le moins que les Palestiniens fassent vraiment un effort pour les stopper, à défaut de les organiser.» À Ramallah (Cisjordanie), s'adressant à la presse devant les ruines de son QG détruit par Tsahal cette année, Yasser Arafat a condamné ce nouvel attentat et rappelé que «la direction palestinienne avait pris la décision de s'opposer aux attentats contre les civils palestiniens ou israéliens».

Les autorités françaises ont également condamné cette attaque. Le porte-parole du Quai d'Orsay François Rivasseau a considéré «inacceptables» les actes de ce type: «Leurs auteurs doivent être poursuivis et traduits en justice», a-t-il dit. Le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, a aussi dénoncé cet attentat et appelé à «davantage d'engagements pour rétablir une coopération fructueuse qui pourrait conduire au dialogue et à la paix».

Au moins 1625 Palestiniens et 611 Israéliens sont morts depuis le début de la seconde intifada, en septembre 2000.