Un raid à Cana soulève l'indignation dans le monde

À Beyrouth, quelque 5000 personnes, dont ce groupe de jeunes Libanais, se sont massées hier dans le centre-ville, afin de manifester leur colère devant le massacre de Cana, notamment en brûlant des drapeaux américains et en s’en prenant à des bur
Photo: Agence Reuters À Beyrouth, quelque 5000 personnes, dont ce groupe de jeunes Libanais, se sont massées hier dans le centre-ville, afin de manifester leur colère devant le massacre de Cana, notamment en brûlant des drapeaux américains et en s’en prenant à des bur

Au moins 56 personnes, dont une majorité d'enfants, ont péri hier dans le bombardement par Israël du village de Cana, au sud du Liban. Le drame a suscité un tollé international et les foudres du Conseil de sécurité de l'ONU qui s'est dit extrêmement «choqué et bouleversé» au point où l'État hébreu a décidé de suspendre pendant 48 heures ses frappes aériennes.

Israël «se réserve le droit, évidemment, d'agir contre des cibles préparant des attaques contre lui», a affirmé le porte-parole du département d'État américain Adam Ereli, à l'issue de discussions à Jérusalem entre la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, et de hauts responsables israéliens. Les civils qui souhaitent quitter le Liban sud pourront, durant 24 heures, emprunter un «passage sûr», qu'Israël et les Nations unies coordonneront, a-t-il ajouté. Cette période de 24 heures pourrait être renouvelée, a indiqué un responsable du département d'État qui a choisi de garder l'anonymat.

«Les États-Unis se félicitent de cette décision [de cesser les bombardements durant 48 heures] et espèrent qu'elle contribuera à soulager les souffrances des enfants et des familles du sud du Liban», a déclaré M. Ereli.

Au nombre des 56 victimes du bombardement de Cana se trouvent 34 enfants et 12 femmes, selon les services de sécurité libanais. Cana a été totalement dévasté par les frappes israéliennes, par air, par mer et par terre, qui ont duré deux heures, selon la police. Il s'agit de la frappe la plus meurtrière depuis le début de l'offensive israélienne au Liban le 12 juillet, après l'enlèvement de deux soldats israéliens par le Hezbollah. Le bombardement de Cana a porté à quelque 750 personnes le nombre de Libanais tués depuis le début de cette offensive, selon le gouvernement libanais, qui affirme que plus de 2000 personnes ont été blessées. Les missiles israéliens sont tombés peu après 1h du matin sur une zone résidentielle de Cana, un village situé à l'est de Tyr, détruisant un immeuble de deux étages. Toute la journée, les secours ont extrait des cadavres des décombres.

Selon le ministère des Affaires étrangères israélien, des miliciens avaient tiré, avant le bombardement, une quarantaine de roquettes sur le nord d'Israël depuis Cana, blessant cinq Israéliens. Le ministre a assuré que l'armée avait demandé à la population d'évacuer la zone. Des responsables militaires ont par ailleurs exprimé des doutes sur l'origine de l'explosion du bâtiment où les civils sont morts, en soulignant que sept heures séparaient le raid israélien contre l'immeuble et l'explosion meurtrière. Selon tous les témoignages recueillis par l'AFP, un premier bombardement sur l'immeuble s'est cependant produit à 1h (samedi, 22h GMT), suivi d'un deuxième raid dix minutes plus tard, qui a entraîné son effondrement.

Le premier ministre israélien, Éhoud Olmert, a affirmé sa «profonde tristesse» devant la mort des civils. Réagissant aux événements de Cana, le premier ministre libanais, Fouad Siniora, a dénoncé «les criminels de guerre israéliens» et exigé «un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, ainsi qu'une enquête internationale sur les massacres israéliens au Liban». Estimant que le bombardement de Cana est «du terrorisme dans ce qu'il a de pire», il a formulé ses commentaires les plus durs à l'encontre d'Israël depuis le début du conflit. Il a même adopté une position dure en sous-entendant que toute réplique du Hezbollah au bombardement de Cana était justifiée.

La population libanaise a elle aussi fortement réagi au bombardement de Cana. Quelque 5000 personnes ont participé à une manifestation hier à Beyrouth. Des manifestants ont brûlé des drapeaux américains et s'en sont pris à des bureaux des Nations unies au Liban. Certains scandaient: «Détruisez Tel-Aviv! Détruisez Tel-Aviv!» et appelaient la Syrie, soutien du Hezbollah, à frapper Israël. Des manifestants palestiniens ont mis à sac hier les bureaux du quartier général de l'ONU à Gaza lors d'une manifestation contre les bombardements israéliens du village libanais de Cana, a constaté un journaliste de l'AFP. Le chef du Hamas, Khaled Mechaal, a quant à lui invité ses partisans à intensifier la résistance contre Israël.

Le bombardement de Cana a suscité un tollé dans la communauté internationale. À New York, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a condamné le bombardement, appelant le Conseil de sécurité, qui tenait une réunion d'urgence, à demander un cessez-le-feu immédiat au Proche-Orient. «Je suis profondément consterné de constater que mes précédents appels à une cessation des hostilités n'ont pas été entendus, avec pour résultat que des vies innocentes continuent d'être perdues», a-t-il dit. Plusieurs pays ont eux aussi plaidé pour un cessez-le-feu immédiat.

Le roi Abdallah II de Jordanie a parlé d'un «crime répugnant». La Tunisie a dénoncé «ce comportement criminel» et a décrété un deuil national de trois jours. Le président égyptien, Hosni Moubarak, dont le pays participe aux efforts diplomatiques pour mettre fin à la crise, a qualifié le bombardement israélien d'acte «irresponsable». Le président français, Jacques Chirac, a condamné une «action injustifiable» d'Israël. Le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy, se rendra aujourd'hui au Liban. Caracas et Mexico ont aussi condamné les frappes. Le premier ministre britannique, Tony Blair, a quant à lui qualifié les frappes contre Cana d'«absolument tragiques». Les États-Unis ont exhorté Israël à faire preuve «de la plus grande retenue», sans plaider toutefois pour un cessez-le-feu immédiat. Mme Rice, qui se trouvait à Jérusalem, a d'abord été contrainte d'annuler une visite à Beyrouth, le gouvernement libanais refusant de lui parler, puis a décidé, selon un responsable américain, d'interrompre sa mission et de rentrer aujourd'hui à Washington.

Bombardements près de Baalbeck et à Masnaa

L'aviation israélienne a par ailleurs lancé hier soir une série de raids près de Baalbeck, bastion du Hezbollah dans l'est du Liban, a-t-on annoncé de source sécuritaire. Ces raids ont visé des endroits non habités dans le sud-ouest de la ville, a indiqué cette source. Cité historique et bastion du Hezbollah pendant des années, Baalbeck a été pris pour cible dès l'ouverture des hostilités. La ville a été violemment bombardée le 20 juillet.

L'aviation israélienne a aussi bombardé dans la nuit d'hier à aujourd'hui les abords du poste-frontière libanais de Masnaa, à la frontière avec la Syrie, pour la seconde fois en deux jours, selon la police libanaise. «L'aviation israélienne a tiré deux missiles air-sol à 150 mètres de ce poste frontière», a-t-on précisé de même source. Des raids israéliens avaient touché les abords de ce poste-frontière à quatre reprises samedi soir et hier avant l'aube, entraînant la fermeture de facto de la route Beyrouth-Damas.

Selon un responsable gouvernemental israélien, M. Olmert a prévenu Mme Rice qu'Israël avait encore besoin de 10 à 14 jours pour atteindre ses objectifs, à savoir éloigner le Hezbollah de la frontière et le désarmer pour l'empêcher de tirer des roquettes ou des missiles sur le territoire israélien.

Roquettes sur Israël

Cent cinquante-six roquettes ont par ailleurs été tirées hier vers le nord d'Israël, soit le chiffre le plus élevé depuis le début de l'offensive au Liban le 12 juillet, a indiqué un porte-parole de l'armée. Le précédent record remontait au 26 juillet, lorsque 151 roquettes avaient été tirées par les combattants du Hezbollah chiite libanais durant une seule journée. L'armée a fait état de cinq blessés, tandis que Magen David Adom, l'équivalent de la Croix-Rouge israélienne, en a rapporté 14. Depuis le déclenchement des hostilités, plus de 1800 roquettes ont été tirées sur le nord d'Israël, tuant 18 civils et en blessant plus de 300, selon un bilan de source policière.

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Avec l'AFP, la PC, Reuters et AP