Pyongyang entend poursuivre ses essais

L’ambassadeur du Japon aux Nations unies, Kenzo Oshima (à droite), et celui des États-Unis, John Bolton, tentent de rallier le Conseil de sécurité à leur position.
Photo: Agence France-Presse (photo) L’ambassadeur du Japon aux Nations unies, Kenzo Oshima (à droite), et celui des États-Unis, John Bolton, tentent de rallier le Conseil de sécurité à leur position.

La Corée du Nord a officiellement reconnu hier avoir réalisé plusieurs essais de missiles, affirmant son droit à conduire de nouveaux tests, et a menacé de prendre des mesures de rétorsion en cas de sanctions de l'ONU, où les États-Unis cherchent à obtenir une réponse unie à Pyongyang.

Pékin a parallèlement annoncé que son principal négociateur sur le programme nucléaire de Pyongyang se rendra dans la capitale nord-coréenne la semaine prochaine.

Le Japon et les États-Unis ont quant à eux affiché leur unité alors que le Conseil de sécurité de l'ONU est divisé sur l'opportunité d'infliger des sanctions à la Corée du Nord. Pékin est opposé à des sanctions alors que le ministre russe des Affaires étrangères a jugé qu'elles seraient, à ce stade, contreproductives

«Envisager de discuter immédiatement de la menace de sanctions conduit à des menaces en retour de la Corée du Nord, comme cela s'est produit à plusieurs reprises par le passé» a déclaré Sergueï Lavrov à des journalistes. «Après, il faut revenir à la table des négociations, mais cela se fait dans un climat encore plus tendu», a-t-il ajouté.

Pyongyang a affirmé son droit à tester des missiles tout en réitérant son engagement en faveur de la dénucléarisation de la péninsule coréenne. «La Corée du Nord continuera ses essais de missiles à l'avenir dans le cadre de ses efforts pour développer son arsenal dissuasif pour son autodéfense», a déclaré un porte-parole du ministère nord-coréen des Affaires étrangères, cité par l'agence KCNA. «La République démocratique populaire de Corée n'aurait pas d'autres options que de prendre des mesures plus vigoureuses si un quelconque pays osait s'opposer aux essais et la soumettre à des pressions.»

Pyongyang a procédé au lancement d'au moins six missiles depuis sa côte est, tôt mercredi matin, et en a tiré un septième une douzaine d'heures plus tard alors que les premiers essais avaient soulevé un tollé international. Un des missile tirés, le Taepodong 2, pourrait en théorie atteindre l'Alaska, soit une partie du territoire américain. Il a échoué au bout de 40 secondes de vol et s'est abîmé en mer.

L'observation des déplacements d'équipement et des mouvements de personnel militaire sur une base lance-missiles en Corée du Nord laisse penser que le lancement d'un autre missile de longue portée Taepodong 2 est en préparation, selon les propos du ministre de la Défense sud-coréen devant une commission parlementaire, rapportés par l'agence de presse sud-coréenne Yonhap.

La Corée du Nord pourrait procéder à trois ou quatre essais de missiles de moyenne portée, selon un représentant des autorités sud-coréennes cité par le quotidien Chosun Ilbo.

La chaîne américaine NBC, citant des responsables américains ayant requis l'anonymat, a aussi fait état de préparations en vue du lancement d'un deuxième Taepodong 2 tout en précisant qu'il n'était pas encore sur une rampe de lancement.

La préparation d'un tir d'essai d'un missile de longue portée peut nécessiter deux semaines, selon des experts. Tokyo a dit ne pas s'attendre à un tir imminent.

Le Conseil divisé

Le président américain George W. Bush et le premier ministre japonais Junichiro Koizumi ont convenu au cours d'un entretien téléphonique de préparer conjointement un projet de résolution pour le Conseil de sécurité exigeant des nations qu'elles retiennent tout fonds, tout matériel et toute technologie susceptibles d'être utilisés par Pyongyang pour son programme de missiles.

L'ambassadeur de Russie au Japon, Alexandre Losioukov, a déclaré à des journalistes que des sanctions pourraient remettre en cause la reprise des pourparlers à six sur le programme nucléaire de la Corée du Nord. Interrompus en novembre dernier, ils réunissent, outre cette dernière, la Corée du Sud, la Chine, la Russie, les États-Unis et le Japon.

Avant d'entamer une tournée qui doit le conduire à Pékin, Séoul, Tokyo et Moscou, le négociateur américain Christopher Hill a souligné l'unité de la communauté internationale dans la condamnation des essais. Il a toutefois laissé entendre que

Washington attendait plus de fermeté de la part de la Chine.

Pékin a annoncé que le vice-ministre des Affaires étrangères Wu Dawei, le négociateur de la Chine aux pourparlers à six, accompagnerait lundi à Pyongyang le vice-premier ministre Hui Liangyu, lequel ira y célébrer le 45e anniversaire du traité d'amitié sino-nord-coréen.