Pyongyang effectue sept tirs de missiles - Tollé international contre la «provocation» nord-coréenne

Hier à Séoul: des manifestations dénonçant le leader nord-coréen Kim Jong-il.
Photo: Agence Reuters Hier à Séoul: des manifestations dénonçant le leader nord-coréen Kim Jong-il.

Les sept missiles tirés hier par la Corée du Nord — dix selon des sources russes — ont mené le Conseil de sécurité des Nations unies à se réunir d'urgence et suscité la réprobation générale, quoique les réactions aient été nettement plus vives dans certaines capitales.

Un de ces missiles serait du type Taepodong 2, d'une portée suffisante pour atteindre les États-Unis, mais il s'est abîmé en mer du Japon.

C'est Tokyo qui a demandé la saisine du Conseil de sécurité, appuyé en cela par les États-Unis. Le Japon, dont les compagnies aériennes ont dû changer hier l'itinéraire de plusieurs vols par précaution, a immédiatement décrété un certain nombre de sanctions contre le régime nord-coréen.

Le geste de la Corée du Nord contrevient à un moratoire sur les tirs de missiles que ce pays s'était engagé à respecter en 1999, après une crise diplomatique provoquée par le survol du territoire japonais par un de ces engins l'année précédente. Le régime de Pyongyang avait réitéré sa volonté de renoncer à de tels tirs en 2000 et en 2002.

Six des missiles lancés hier seraient de courte ou de moyenne portée, mais un septième, un Taepodong 2, aurait théoriquement la capacité d'atteindre les États américains d'Hawaii ou de l'Alaska. Il s'est cependant abîmé en mer moins d'une minute après son lancement.

Le président américain George W. Bush a déclaré hier que l'échec de ce missile de longue portée, tiré alors que ses concitoyens célébraient encore leur fête nationale et le lancement de la navette Discovery, ne diminuait en rien l'inquiétude des États-Unis au sujet du programme d'armement nord-coréen. Le Taepodong 2 «n'est pas resté très longtemps en l'air, il s'est abîmé en mer, ce qui, franchement, ne diminue pas mon désir de résoudre le problème», a déclaré le président américain.

La Corée du Nord inquiète la communauté internationale par sa production de missiles mais également par ses expériences nucléaires. Le geste d'hier est largement perçu comme une tentative de la part du régime nord-coréen de mener les États-Unis à négocier directement avec lui dans ce dossier délicat, ce à quoi Washington s'est toujours opposé.

Des pourparlers à six (les deux Corées, la Chine, le Japon, la Russie et les États-Unis) visent depuis 2003 à convaincre la Corée du Nord de renoncer à la bombe nucléaire. Ces négociations sont au point mort depuis novembre dernier, malgré un certain nombre de principes sur lesquels les parties s'étaient entendues en septembre: les Nord-Coréens s'étaient alors dits prêts à renoncer au développement de leur arsenal nucléaire en échange de garanties de sécurité de la part des Américains et d'une aide internationale.

Le boycottage des négociations par Pyongyang vise en partie à protester contre le blocage par Washington de comptes bancaires nord-coréens dans des banques asiatiques, notamment à Macao.

Dès 1993, la Corée du Nord avait menacé de se retirer du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Le président américain Bill Clinton avait alors négocié un accord en vertu duquel Pyongyang gelait sa production de plutonium en échange de livraisons de mazout et d'une aide à la construction d'une centrale nucléaire à l'eau légère. Une nouvelle crise a éclaté en 2002 lorsque les États-Unis ont démontré que la Corée du Nord enrichissait de l'uranium. Dans la foulée, le régime nord-coréen a déclaré posséder des armes nucléaires et s'est effectivement retiré du TNP en janvier 2003.

Depuis plus d'une décennie, la Corée du Nord vend des missiles à plusieurs pays, dont l'Iran, le Pakistan et la Syrie. «La vente de missiles constitue une importante source de revenus pour la Corée du Nord. La crainte est qu'elle se mette à vendre aussi de la technologie nucléaire», estime Michael Lipson, professeur de science politique à l'université Concordia.

La secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, a déclaré hier en conférence de presse que Pyongyang, dont elle a qualifié le geste de «provocation», avait probablement sous-estimé la «cohésion internationale». Le Conseil de sécurité de l'ONU semblait pourtant divisé hier sur la marche à suivre dans la nouvelle crise. Selon l'ambassadeur français Jean-Marc de la Sablière, qui préside le Conseil de sécurité, Pékin et Moscou préféreraient une déclaration présidentielle, moins contraignante qu'une résolution, favorisée par les autres délégations.

Celle du Japon, qui compte parmi ces dernières, a appelé le Conseil de sécurité à une action rapide, évoquant une possible mention de sanctions dans un projet de résolution. Le Japon a lui-même pris hier plusieurs mesures de rétorsion contre son voisin nord-coréen, dont l'interruption des vols et de l'unique liaison maritime entre les deux pays ainsi que l'interdiction de séjour dans l'archipel pour tout dignitaire du régime de Pyongyang. Le premier ministre Junichiro Koizumi a néanmoins déclaré qu'il fallait «toujours laisser place au dialogue».

La Chine, allié de longue date du régime totalitaire nord-coréen, a exprimé une réaction plutôt timide aux tirs de missiles. «Nous sommes très préoccupés par ce qui s'est passé. [...] Nous espérons que les parties concernées conserveront leur calme et feront preuve de retenue», a déclaré le ministère chinois des Affaires étrangères après une journée de silence. «Les mesures prises [à l'ONU] doivent être constructives en vue de maintenir la paix dans cette partie du monde», a déclaré l'ambassadeur chinois à l'ONU, Wang Guangya.

Le secrétaire d'État adjoint américain aux affaires asiatiques, Christopher Hill, a cru bon d'appeler hier la Chine à se montrer «très, très ferme» avec la Corée du Nord. Il s'est ensuite envolé en direction de Pékin, Séoul, Tokyo et Moscou.

Les États-Unis ont une fois de plus exclu hier toute discussion directe avec la Corée du Nord. «Ce n'est pas une affaire américano-nord-coréenne et nous n'allons pas permettre au dirigeant nord-coréen d'en arriver là», a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Tony Snow. La Maison-Blanche a souligné que les tensions résultant du geste nord-coréen ne préfiguraient en rien «les prémices d'une troisième guerre mondiale».

Tony Snow a refusé de dire si Washington allait plaider pour des sanctions internationales à l'encontre de Pyongyang mais a réaffirmé la détermination américaine de trouver une solution pacifique. «La question clé est de définir une voie diplomatique pour inciter les Nord-Coréens à prendre du recul et à rejoindre la table des négociations à six», a-t-il dit.

Les tirs de missiles nord-coréens ont été largement condamnés dans le monde. L'Union européenne a dénoncé des tirs «provocateurs». Dans la même veine, l'OTAN a évoqué des «actes de provocation qui méritent une réponse ferme de la communauté internationale».

Enfin, des responsables sud-coréens ont averti que les tirs de missiles pourraient remettre en cause l'importante aide alimentaire offerte au Nord.

D'après l'Agence France-Presse