Israël: la pression continue de monter

Des enfants palestiniens de Ramallah ont pris part hier à une campagne de collecte de chandelles afin d’éclairer symboliquement Gaza, où des centrales électriques ont été détruites.
Photo: Agence Reuters Des enfants palestiniens de Ramallah ont pris part hier à une campagne de collecte de chandelles afin d’éclairer symboliquement Gaza, où des centrales électriques ont été détruites.

Tacitement menacé par Israël, le premier ministre palestinien, Ismaïl Haniyeh, a exhorté hier les activistes qui retiennent en otage depuis neuf jours le caporal israélien Gilad Shalit à ne pas tuer ce dernier et à bien le traiter après l'expiration de l'ultimatum fixé par les ravisseurs. Cette tentative d'apaisement n'a pas ébranlé la volonté du premier ministre israélien, Éhoud Olmert, de maintenir la pression sur l'Autorité palestinienne. Il a d'ailleurs accusé le Hamas d'«escalade dans le terrorisme» après la chute d'une roquette au coeur de la ville d'Ashkelon, au sud de Tel-Aviv, qui n'a pas fait de blessés.

L'Armée islamique, un des mouvements qui ont revendiqué la capture du soldat, a annoncé dès l'expiration de l'ultimatum, hier matin, qu'elle ne donnerait plus de nouvelles de l'otage. «L'ennemi porte l'entière responsabilité des conséquences de ses positions et du destin du soldat, a averti un porte-parole du groupe. Il n'y a plus de discussions. Nous enlèverons d'autres soldats et colons.» Mais, peu après, un autre porte-parole de cette organisation, Abou al-Moussana, a précisé: «Nous ne tuons pas les prisonniers. Notre islam requiert que nous les traitions bien.»

Un dirigeant du Hamas, dont l'aile militaire a également revendiqué l'enlèvement, a pour sa part laissé entendre que l'on pourrait rester longtemps sans nouvelles de Shalit. Ses ravisseurs «peuvent le tuer, l'emmener dans un autre pays ou le cacher. Toutes les options sont possibles», a déclaré Oussama al-Mouzaïni. Éhoud Olmert a de son côté lancé que «personne ne serait à l'abri» le cas échéant. «Le ciel leur tombera sur la tête s'ils osent porter atteinte à Gilad Shalit, et ces mots doivent être pris à la lettre», avait déjà averti lundi le ministre israélien de la Justice, Haïm Ramon.

De source proche de la sécurité israélienne, on déclare ne pas exclure une opération commando pour délivrer Shalit, mais on tient celle-ci pour périlleuse dans le labyrinthe des ruelles de Gaza. Le dernier soldat israélien capturé par des Palestiniens — avant l'enlèvement de Shalit — avait trouvé la mort en 1994 lors d'une opération précisément destinée à le libérer. Tsahal a néanmoins réaffirmé sa volonté d'accentuer la pression militaire pour obtenir la libération du soldat Shalit et a exclu tout marchandage en vue de libérer le militaire. Les attaques aériennes se sont d'ailleurs poursuivies la nuit dernière sur la

bande de Gaza.

Roquette sur une école

Dans ce climat de crise grave, une roquette palestinienne tirée à partir du nord de la bande de Gaza s'est abattue en fin d'après-midi sur une école vide au coeur d'Ashkelon, au sud de Tel-Aviv. Les dommages matériels ont toutefois été importants, selon une porte-parole militaire. Le tir de cette roquette artisanale de type Qassam a été revendiqué par la branche armée du Hamas, qui figure parmi les trois groupes ayant revendiqué le rapt du soldat israélien.

Il s'agit d'«un événement très grave, qui constitue une escalade d'une gravité sans précédent dans le terrorisme du Hamas, qui dirige l'Autorité palestinienne», a accusé le premier ministre israélien, Éhoud Olmert. Selon la seconde chaîne privée de la télévision israélienne, citant des responsables politiques, ce développement pourrait modifier les données stratégiques et précipiter une décision sur une offensive terrestre d'envergure de l'armée israélienne dans le nord de la bande de Gaza. «C'est une longue guerre. Elle requiert des trésors de patience et parfois une retenue sans limite. Il faut savoir quand serrer les dents et quand frapper un coup décisif», a illustré M. Olmert, que Washington incite à la modération depuis le début de la crise.

Au siège du gouvernement palestinien partiellement détruit dans un raid aérien israélien dimanche, à Gaza, Ismaïl Haniyeh a réclamé la poursuite des «efforts et négociations politiques et diplomatiques». Il a ajouté que son gouvernement déployait «des efforts auprès de parties arabes et régionales pour trouver une issue satisfaisante» à la crise. Signe de l'ampleur de la crise, la réunion du gouvernement a été tenue secrète jusqu'au dernier moment, les ministres du Hamas redoublant de vigilance de crainte d'être pris pour cible par l'armée israélienne.

Population en otage

Pour le spécialiste de la question israélo-palestinienne Rachad Antonius, Israël n'est absolument pas intéressé à jouer le jeu de la diplomatie pour sortir de la crise. Il a d'ailleurs estimé que la démonstration de force du gouvernement israélien répond à son objectif de «provoquer une réaction violente de la part des Palestiniens, pour justifier l'annexion du territoire de la bande de Gaza». Selon lui, Tsahal espère atteindre son but en démontrant à la face du monde que les Palestiniens «sont des barbares avec qui on ne peut pas négocier».

M. Antonius a d'ailleurs soutenu que la crise actuelle découlait directement des conditions de vie dans lesquelles vivent les habitants de Gaza. «Ils subissent la violence au quotidien, et pas seulement en terme de morts. Ils constatent aussi une destruction de toute vie économique. Alors, pour certains, la capture d'un soldat est une action militaire qui fait partie de la guerre», a-t-il souligné. Il n'est d'ailleurs pas confiant sur la suite des choses. «La situation peut seulement se détériorer. Et déjà, la gravité de la situation humanitaire dépasse l'imagination.»

Les quelque 1,4 million d'habitants de la bande de Gaza continuent en effet de subir les graves contrecoups de la crise qui sévit dans la région. L'émissaire des Nations unies au Proche-Orient, Alvaro de Soto, s'est d'ailleurs dit inquiet hier de la situation humanitaire. «C'est une situation dangereuse, une situation qui pourrait devenir très grave à terme», a-t-il dit. «Juste avant la capture du caporal [Gilad] Shalit, la situation humanitaire était dangereuse et il y a eu [depuis] une détérioration significative dans tous les domaines», a précisé Alvaro de Soto.

Israël a notamment envoyé des forces terrestres dans la bande de Gaza et détruit une importante station électrique le 28 juin. Depuis ce bombardement, la bande de Gaza ne reçoit que six heures d'électricité par jour. L'émissaire de l'ONU a d'ailleurs souligné le risque de maladies provoquées par l'absence de distribution d'eau, de traitement et de système d'égouts adéquats et appelé Israël à «coopérer énergiquement» au remplacement des transformateurs.

Le colonel Nir Press, responsable de l'armée israélienne pour l'approvisionnement de la bande de Gaza, a pour sa part estimé que «cette région ne souffre actuellement ni d'un manque de vivres ni d'un manque de médicaments ou de carburants».

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Avec l'Agence France-Presse et Reuters
2 commentaires
  • Claude L'Heureux - Abonné 5 juillet 2006 10 h 08

    De victime à bourreau

    Israël fait subir aux palestiniens une humiliation et de la souffrance abissale. Il est devenu aussi puissant que les États-Unis dans le golfe persique, y régrant sans partage devant les dictatures de la région. Qu'attend le Canada pour retirer son ambassadeur? L'attitude d'Israël ne fait-elle pas pensé à celle de l'Allemagne nazi qui régnait sans partage sur l'Europe? Où sont l'Angleterre, le Canada et les États-Unis pour le mettre au pas comme l'Allemagne en 1945? Ce n'est plus de la protection légitime d'un Étât mais de la provocation d'un voyou qui veut éliminer l'autre...

  • ouardirhi abdelaziz - Inscrit 5 juillet 2006 16 h 36

    QUI POURRA ARRETER ISRAEL ?

    Gilad Shalit , c'est ce jeune caporal de l'armée Israelienne au nom duquel la puissante armée bombarde de Tsahal , pilonne , détruit , écrase , tue et assassine des palestiniens .
    Tout y passe des enfants , des femmes des vieillards , tous ces civiles sont de la chair a canon des supers chars Israeliens .
    L'armée Israelienne détruit tout sur son passage , elle pratique la politique de la terre brulée pour affamer toute une population ,elle détruit maisons , champs , arbres , écoles , hopitaux , ambulances ,centrales électrique pour terroriser les palestiniens .
    Ces attaques , ces crimes se passent dans une indifference de la part de la communauté internationale , pourquoi ? comment les pays épris de justice et de paix laissent - ils Israel agir ainsi ? Pourtant ce meme pays (Israel ) kidnappe tout le temps des paélestiniens , ses prisons sont pleines a craquer d'hommes , de femmes et d'enfants enlevés , mais personne n'a rien dit , c'est la politique des deux poids deux mesures , ce qui est permis a Israel est refuser aux palestiniens .
    Les etats unis d'ameriques sont un allié inconditionnel des israeliens , nous savons pourquoi , c'est élémentaire puisqu'aujourd'hui se sont les israeliens , c'est a dire des juifs qui president aux déstnées de ce grand pays , d'ailleurs toute tentative qui vise a condamner israel et vite étouffée au niveau du congrès ou siègent des juifs , c'est connu .
    Israel veut faire la meme chose au Canada , des juifs sont entrain de prendre les renes de ce pays par partis politiques interposés , si les vrais Canadiens ne font pas attention demain ce pays sera lui aussi dirigé par des juifs , ce n'est pas une vue de l'ésprit c'est la réalité et j'invite les Canadiennes et les Canadiens de souche a bien réflechir a ce problème qui les concerne.