Algérie - Bouteflika a de la suite dans les idées

Abdelaziz Bouteflika
Photo: Agence Reuters Abdelaziz Bouteflika

À la veille du 44e anniversaire de l'indépendance de l'Algérie, dont il a été l'un des acteurs en vue, le président Abdelaziz Bouteflika a annoncé hier son intention d'organiser avant la fin de l'année un référendum pour amender la Constitution. Cette réforme portera, selon la presse algérienne, sur la suppression de la limitation du mandat présidentiel à deux exercices et sur son extension de cinq à sept ans, une modification préconisée par le premier ministre Abdelaziz Belkhadem.

Depuis son installation au pouvoir en 1999 et sa réélection en 2004, Abdelaziz Bouteflika voulait modifier la Constitution dans le sens d'un renforcement des pouvoirs présidentiels. Grâce au FLN, l'ex-parti unique, il est en passe d'obtenir bien plus: un texte constitutionnel autorisant un nombre de mandats présidentiels illimité et supprimant le droit de censure du Parlement sur le gouvernement.

Ces deux changements sont — avec l'extension des prérogatives présidentielles et la création d'une vice-présidence — les principaux points de la réforme constitutionnelle proposée par le FLN et Abdelaziz Belkhadem, son secrétaire général-premier ministre et proche parmi les proches d'Abdelaziz Bouteflika. Ce projet «n'a rien à voir avec la présidence à vie, que le FLN rejette catégoriquement», jure l'ex-parti unique. Et de soutenir, à l'instar du quotidien L'Expression — qui exprime les vues de la présidence —, qu'il revient aux Algériens de «choisir et de rechoisir dix fois et plus le dirigeant en qui ils veulent placer leur confiance».

En attendant le référendum par lequel les Algériens se prononceront, il revient au président Bouteflika de trancher sur le nouveau texte. Du moins officiellement. Car la proposition correspond tellement à ses desiderata qu'elle peut seulement lui agréer. À moins qu'il n'en ait été l'inspirateur. «Bouteflika se sait très malade et veut mourir président, au cours de ce second mandat ou d'un troisième à partir de 2009 si son état le lui permet. Il a donc besoin de pouvoir briguer ce troisième mandat, ce que la Constitution actuelle ne permet pas», résume un connaisseur du dossier.

Le chef de l'État entend aussi préparer sa succession. Notamment pour empêcher d'éventuelles poursuites contre sa famille, particulièrement contre ses frères, dont l'omniprésence dans les affaires de l'État irrite beaucoup le sérail politique algérien. C'est sans doute là qu'il faut rechercher les raisons de la conversion d'Abdelaziz Bouteflika à la nécessité d'une vice-présidence. Un poste dont il avait refusé la création à l'époque où les généraux tentaient de le lui imposer: il craignait alors que ces derniers n'aient ainsi une possibilité de l'écarter sans créer un vide politique.

Qui, aux termes de la nouvelle Constitution, assumera, en cas de vacance du pouvoir, la responsabilité de chef de l'État? Le vice-président ou, comme c'est le cas aujourd'hui, le président du Sénat? Le projet présenté par le FLN ne tranche pas cette question pourtant fondamentale compte tenu de la santé précaire d'Abdelaziz Bouteflika. Mais dans la mesure où le vice-président sera nommé par le chef de l'État, Abdelaziz Bouteflika se retrouve, là aussi, maître absolu du jeu. D'autant que le gouvernement ne répondra plus que devant le président.

Dix-sept ans après l'adoption en 1989 d'une Constitution qui restera la plus ouverte qu'ait connue l'Algérie, le régime finit de se donner les moyens de verrouiller l'espace politique par cette énième révision de la loi fondamentale. «L'alternance clanique s'est traduite par une Constitution pour chaque mandat présidentiel», rappelle ainsi le Front des forces socialistes (FFS, opposition historique). De son côté, Le Quotidien d'Oran note, dans une chronique intitulée «Présidence à vie», «l'indifférence des Algériens» face à cette «nouvelle copie [qui] n'a besoin ni d'être votée ni de sacrifier à l'usage du débat, étant déjà un fait accompli qui n'a plus besoin que de quelques statistiques de participation massive pour être présenté comme une volonté populaire». Et de conclure: «Le plus grave est que cette proposition de "mobututisme" est vécue comme une fatalité et ne semble même pas mériter une bataille de principe.»