Coude à coude au Mexique - López Obrador demande un recomptage complet

Des soldats surveillaient hier les locaux de l’Institut fédéral des élections.
Photo: Agence Reuters Des soldats surveillaient hier les locaux de l’Institut fédéral des élections.

Mexico — Le candidat de la gauche mexicaine, Andrés Manuel López Obrador, conteste des résultats qui le donnent battu à l'élection présidentielle et veut qu'on procède au recomptage de toutes les voix, a fait savoir un de ses collaborateurs hier.

«Nous proposons qu'on les recompte tous, tous les suffrages exprimés depuis le début. Avec un résultat aussi serré, recompter seulement une partie des voix pourrait laisser planer un doute», a dit Horacio Duarte, représentant du Parti de la révolution démocratique à la Commission électorale du Mexique. «Mieux vaut prendre quelques jours de plus pour que la certitude règne dans le pays que de vivre des mois d'incertitude», a-t-il déclaré.

À l'issue de ce scrutin à un seul tour, le candidat de la droite au pouvoir, Felipe Calderón, dispose d'une légère avance sur López Obrador, mais l'Institut fédéral des élections (IFE) n'a pas proclamé de vainqueur.

Hier, Obrador a dénoncé la perte de trois millions de bulletins de vote qui ne figurent pas dans les chiffres communiqués par l'IFE. Ceux-ci font état de 41,9 millions de votants et de seulement 38,5 millions de suffrages dépouillés dans 98,45 % des bureaux de vote.

«Il manque environ trois millions de votes, cela mériterait une vérification de fond pour savoir où sont passés ces bulletins perdus, a affirmé López Obrador. J'ai le droit d'exiger, de demander un processus transparent.»

D'après les résultats préliminaires de l'Institut fédéral électoral (IFE), le candidat du Parti d'action nationale (PAN, droite), Felipe Calderón, a obtenu 14 millions de voix (36,38 %). Celui du Parti de la révolution démocratique (PRD, gauche), López Obrador, est crédité de 13,6 millions (35,34 %) de suffrages.

Le président de l'IFE, Luis Ugalde, a reconnu hier qu'il y avait des «incohérences» dans les résultats préliminaires mais a assuré que le processus électoral était fiable et digne de confiance.

«Les trois millions de votes n'ont pas disparu», a rétorqué German Martinez Casares, le représentant du Parti d'action nationale (PAN), à l'IFE, affirmant qu'ils figurent dans les procès-verbaux des dépouillements. «Nous les avons déjà étudiés et nous pouvons dire qu'après les décomptes qui commenceront demain [mercredi], l'avantage de Calderón sera irréversible. L'IFE devrait déjà déclarer Felipe Calderón président élu», a-t-il déclaré.

L'IFE commence aujourd'hui un deuxième décompte des suffrages de l'élection. Une fois que le vainqueur sera proclamé, d'ici dimanche, un des partis en lice pourra faire appel du résultat auprès du Tribunal fédéral électoral (TRIFE).

Le TRIFE a le pouvoir d'annuler les résultats d'un ou plusieurs bureaux de vote si un parti apporte la preuve que des irrégularités ont été commises. Le TRIFE a jusqu'au 6 septembre pour proclamer la validité du scrutin.

Les résultats préliminaires ont été diffusés à titre informatif et ne doivent pas être pris pour des résultats définitifs, a souligné le président de l'IFE. Selon lui, les incohérences pourraient être dues à des erreurs au moment de remplir les procès-verbaux des bureaux de vote.

Le patronat mexicain a demandé hier à la gauche de respecter le résultat officiel qui sera donné par l'IFE.

Les partisans d'Andrés Manuel López Obrador croient à une fraude électorale, comme en 1988, quand le candidat du PRD, Cuauhtemoc Cardenas, avait mystérieusement perdu contre celui du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), Carlos Salinas, après une panne inexpliquée du système de recueil des suffrages. López Obrador a demandé à ses partisans «de se maintenir en alerte».

Malgré l'incertitude et la crainte de réactions violentes de la part de militants du PRD, la Bourse de Mexico a ouvert hier en légère hausse après une forte progression lundi de 4,77 %, alors que le peso mexicain s'est apprécié par rapport au dollar.