Six Français de Guantánamo devant la justice

Paris — Six anciens détenus français du camp américain de Guantánamo, jugés à Paris pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste», ont nié hier toute adhésion à la violence islamiste.

Ils voulaient voir un pays musulman. Ils ont connu Guantánamo. Barbe fournie, Imad Kanouni, 29 ans, qui comparaît libre, raconte qu'il voulait «vivre un islam pur». Celui des talibans lui paraissait plus conforme à ses convictions, a-t-il déclaré aux enquêteurs de la Direction de la surveillance du territoire (DST) après son expulsion de Guantánamo en juillet 2004 où il avait été transféré à la fin du mois de décembre 2001.

«J'aurais bien aimé aussi partir en Arabie saoudite, mais l'Afghanistan c'était à la mode», répondra-t-il au président Jean-Claude Kross étonné de son choix pour ce pays.

À l'époque, il était «prêt à mourir pour une bonne cause. Défendre des gens dont le pays était attaqué». Parti de Francfort, il arrivera en Afghanistan en mars 2000 où il étudiera dans une école religieuse, financée par Oussama ben Laden. «Pour moi, Ben Laden était un terroriste, je ne m'intéressais pas à ses activités», dit-il à la barre.

Ridouane Khalid, 38 ans, cheveux courts, longue barbe et voix traînante, reste vague sur ses motivations qui l'ont conduit au pays des talibans. Il s'est rapproché de l'islam après la mort de sa nièce en 1997. Un de ses amis, Samir Ferraga, mort dans les montagnes de Tora Bora en décembre 2001, l'incite «à partir dans un pays musulman».

Il s'est donc rendu «là-bas», pour voir, en juillet 2001, par une filière londonienne. «Je n'ai pas eu tellement le temps me rendre compte de ce qu'il se passait.» Après les bombardements de Kaboul par l'aviation américaine, il avait quitté la ville avec d'autres personnes avant d'être capturé mi-décembre par des militaires pakistanais.

Khaled ben Mustapha, 34 ans, tient à ce que le tribunal puisse faire la part des choses. «Il ne faut pas faire d'amalgame. Ce n'est pas parce qu'on part en Afghanistan qu'on est terroriste.» Il voyage par le même vol que Ridouane Khalid, «pour faire un voyage d'approche». Les événements ne lui laisseront guère le temps. «J'ai rien vu, je suis resté trois semaines. Il y a eu le 11-Septembre et on a pris la fuite.»

Nizar Sassi, 25 ans, moulé dans T-shirt blanc, dit avoir découvert la religion à Guantánamo. «On nous avait tout enlevé. On nous avait laissé une chose, un Coran.» Cet ancien médiateur de la ville de Vénissieux (Rhône) est parti avec son ami Mourad Benchellali, 24 ans, qui comparaît à ses côtés, cédant, dit-il, aux sirènes de Menad Benchellali, condamné dans l'affaire dite des filières tchétchènes.

Il voulait «l'aventure», connaître les défis que l'on s'impose à soi-même. Passionné d'armes, il a fréquenté les camps d'entraînement, avec en tête l'image de «Rambo». «J'ai vu la barbarie de l'homme», dit-il au tribunal.

L'audience reprendra ce matin.

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Avec Reuters