Les missions de paix de l'ONU - Une efficacité qui fait débat

Un soldat australien surveillait des partisans de Xanana Gusmao, jeudi à Alkatiri.
Photo: Agence Reuters Un soldat australien surveillait des partisans de Xanana Gusmao, jeudi à Alkatiri.

Dans le paysage troublé des opérations de maintien de la paix, le Timor oriental était l'exemple de ce que l'ONU peut accomplir de mieux: accompagner un peuple opprimé vers l'indépendance et l'aider à se redresser jusqu'à l'accueillir (en septembre 2002) comme le 191e membre des Nations unies. Pourtant, depuis les violences survenues en mai et juin, le plus jeune État du monde symbolise la fragilité de l'entreprise onusienne: si celle-ci ne peut consolider la paix sur ce minuscule territoire, le peut-elle en République démocratique du Congo (RDC) ou au Soudan, à l'espace gigantesque?

Avec près de 90 000 personnes réparties en 18 missions sur quatre continents, le département onusien des opérations de maintien de la paix est, après les États-Unis, la deuxième force militaire engagée sur des terrains externes. De tampon entre États en conflit durant la guerre froide, les Casques bleus sont devenus, en Haïti, au Kosovo et ailleurs, les outils d'une puissance tutélaire qui rebâtit des États, supervise des élections, désarme des milices ou juge des criminels. La tâche est titanesque — et les revers, inévitables.

Kofi Annan, affecté par la rechute timoraise, a regretté la «tendance de l'ONU à quitter les zones de conflit trop tôt», induisant l'idée que, si le Timor avait été situé dans une zone plus sensible à l'intérêt international, ce retrait précipité n'aurait pas eu lieu. Pressé par les États-Unis, le Conseil de sécurité avait décidé, fin mai 2005, de retirer ses derniers Casques bleus du Timor oriental, sans y laisser la force internationale de sécurité voulue par le secrétaire général de l'ONU.

D'abord peu encline au nation building (l'aide à la construction étatique), l'administration Bush s'est convertie au maintien de la paix prôné en Haïti, au Liberia ou au Soudan. Le déploiement des troupes onusiennes atteint désormais un record. Mais le Congrès américain, qui règle 27 % de son coût, exerce une pression constante pour réduire ou fermer des missions. L'ambassadeur des États-Unis à l'ONU, John Bolton, a promis de «rationaliser» les missions au Sahara occidental, en Éthiopie et en Érythrée. Cette politique a-t-elle dérapé au Timor oriental? «Non: les troubles n'ont rien à voir avec le combat pour l'indépendance vis-à-vis de l'Indonésie, raison du déploiement de l'ONU», affirme-t-il. Le problème est politique, et l'ONU ne peut, selon lui, rester à Dili «pour toujours».

Cette règle s'applique-t-elle lorsque les intérêts des pays riches sont en jeu? «Nous sommes à Chypre, au Kosovo ou en Bosnie depuis longtemps. Pourquoi souvent quitter d'autres endroits après deux ou trois ans?», a demandé Kofi Annan, évoquant le risque de perception d'un «contenu raciste dans la pensée de l'ONU». De fait, les Occidentaux se sont désengagés des missions onusiennes, aujourd'hui assurées par des troupes de pays comme le Bangladesh, le Pakistan ou l'Inde.

La posture américaine n'est pas sans mérite: à Chypre depuis 1964 ou au Sahara occidental depuis 1991, l'ONU est le témoin impuissant et coûteux de conflits fossilisés. «Parfois, les parties n'ont pas à résoudre leur différend car les Casques bleus sont là, explique Edward Luck, professeur de relations internationales à la Columbia University. Le maintien de la paix ne peut se substituer à la bonne volonté des acteurs locaux.» Il admet cependant qu'«au Timor oriental, à terme, on aurait économisé en restant un peu plus longtemps».

Le budget annuel des opérations du maintien de la paix est d'environ cinq milliards de dollars (0,5 % des dépenses militaires mondiales et l'équivalent d'un mois d'intervention américaine en Irak). Selon Paul Collier et Anke Hoeffler, de l'université d'Oxford, ces opérations sont la solution la plus rentable pour réduire le coût des guerres civiles. Mais Edward Luck juge le bilan très mitigé, avec des échecs tragiques: le génocide rwandais en 1994, le massacre de Srebrenica en Bosnie en 1995, et récemment l'exploitation sexuelle de populations vulnérables par les Casques bleus. Avant le Timor oriental, Haïti et le Liberia ont rechuté après une intervention onusienne.

Aujourd'hui, les mandats de l'ONU sont plus clairs et plus vigoureux. Les Casques bleus usent plus facilement de la force pour rétablir l'ordre, en RDC ou en Haïti. La moitié des États émergeant d'un conflit rechutant dans les cinq ans, l'ONU a créé, en décembre 2005, une commission de consolidation de la paix, pour aider à la stabilisation des pays. «L'exemple du Timor prouve le besoin de cette commission», estime Carolyn McAskie, sous-secrétaire générale pour la consolidation de la paix. Sa première réunion a eu lieu le 23 juin: la Sierra Leone et le Burundi en seront les premiers bénéficiaires. Le Liberia, Haïti et le Timor suivent. En attendant, sur le Timor oriental, le Conseil de sécurité fait machine arrière et demande à Kofi Annan de le conseiller sur «une présence renforcée des Nations unies».

Pour Ian Martin, envoyé de l'ONU pour le Timor, il faudra, «à court terme, un nombre significatif de policiers internationaux, notamment pour les élections de 2007». La décision reviendra au Conseil de sécurité. Mais, prévient David Harland, haut responsable au département du maintien de la paix, «dans l'adversité, si on ne protège pas l'investissement initial, on peut en perdre le bénéfice».