La droite s'opposera à tous pourparlers - Zapatero veut discuter avec l'ETA

Madrid — Après quatre décennies de violence séparatiste, le premier ministre espagnol, José Luís Rodríguez Zapatero, va présenter cette semaine ses projets de pourparlers de paix avec l'ETA, mais la vive résistance de la droite risque fort de compliquer un tel processus de négociations.

D'autres gouvernements espagnols ont bien tenté avant lui de mettre fin à la lutte insurrectionnelle des indépendantistes basques, jugés responsables de plus de 800 morts dans le nord de l'Espagne et le sud-ouest de la France. Affaiblie par le rejet populaire de toute action terroriste, l'ETA a annoncé en mars dernier un cessez-le-feu permanent, et Zapatero veut en profiter.

La droite espagnole a soutenu le projet de pourparlers du gouvernement espagnol, avant de lui retirer son appui début juin. Le Parti populaire (PP), dirigé par Mariano Rajoy, a estimé que les socialistes avaient franchi une ligne rouge en annonçant qu'ils engageraient le dialogue avec Batasuna, formation nationaliste basque interdite par la justice pour ses liens avec l'ETA.

«Quand on discute avec quelqu'un qui porte un pistolet en guise d'instrument de négociation, on a perdu. C'est illégal, immoral et inutile», a rappelé Rajoy en fin de semaine.

Les observateurs estiment que, même sans le soutien de l'opposition, Zapatero annoncera son projet de pourparlers cette semaine aux Cortes (parlement). Mais la tâche sera plus dure pour lui, car les activistes de l'ETA craindront que l'accord conclu ne soit annulé si la droite revient au pouvoir.

L'absence du soutien de la droite «sera sans doute une difficulté majeure, dans la mesure où l'autre camp souhaite toujours un minimum de consensus entre les deux partis susceptibles de gouverner le pays», estime ainsi Julian Santamaria, professeur de sciences politiques à l'université de Complutence, à Madrid.

Le PP aurait entamé des négociations avec Batasuna et l'ETA quand il était au pouvoir, avant de durcir sa position après plusieurs ruptures de cessez-le-feu.

Soutien important

L'ETA est aujourd'hui affaiblie par des années d'opérations de police et, après les attentats perpétrés par des islamistes le 11 septembre 2004 à Madrid, la population espagnole accepte beaucoup moins les violences.

Sous Zapatero, la police a continué à traquer les indépendantistes, arrêtant même des membres fondateurs de l'organisation la semaine dernière.

Mais les Espagnols n'approuvent pas la décision du gouvernement de ne pas emprisonner les dirigeants de Batasuna et ont été révoltés par l'attitude d'un homme présumément membre de l'ETA qui, la semaine dernière, lors de son procès pour l'assassinat d'un homme politique en 1997, n'a exprimé aucun remords.

Pourtant, un sondage effectué lundi montre que 60 % des Espagnols soutiennent le projet de Zapatero et que 55 % estiment que l'opposition a eu tort de retirer son appui.

Pour Patxi Lopez, secrétaire générale du Parti socialiste basque, les discussions doivent désormais débuter le plus vite possible, car «la route va être longue et difficile. J'espère que, même si nous commençons sans le soutien du PP, il finira par nous rejoindre.»