L'économie chinoise sous la menace des créances douteuses des banques

Les mauvaises créances estimées des quatre grandes banques chinoises se chiffrent à 
358 milliards de dollars.
Photo: Agence Reuters Les mauvaises créances estimées des quatre grandes banques chinoises se chiffrent à 358 milliards de dollars.

La surchauffe de l’économie, les conséquences de l’actuelle bulle immobilière et une gouvernance d’entreprises aux contours très flous laissent présager une nouvelle vague de mauvaises créances en Chine, prévient le cabinet Ernst & Young dans son rapport annuel sur la situation des mauvaises créances dans le monde, rendu public mercredi dernier.

La Chine, avec 911 milliards de dollars américains, arrive en tête, loin devant l'Allemagne (le rapport ne concerne que l'Europe et l'Asie). Ce chiffre regroupe les mauvaises créances estimées des quatre grandes banques chinoises (358 milliards de dollars), les créances douteuses déjà transférées dans les quatre structures de défaisance chinoises (appelées AMC, Asset Management Company), soit 230 milliards de dollars, ainsi que les prêts non performants du reste du système financier.

Ce total dépasse les réserves en devises chinoises (les premières du monde), et ne représente pas loin de 50 % du produit intérieur brut (PIB) du pays en 2005. Il équivaut aux estimations données pour le système bancaire japonais au plus fort de la crise financière nipponne, à la fin des années 1990.

En 2002, Ernst & Young avançait le chiffre de 480 milliards de dollars: l'augmentation tient en partie aux meilleures informations disponibles ainsi qu'à un élargissement du périmètre d'étude, puisqu'elle inclut les coopératives de crédit, dans la limite des données disponibles.

Avec 358 milliards de dollars, l'encours de prêts non performants des quatre grandes banques chinoises, tel que l'estime Ernst & Young, s'élève à plus du double du chiffre officiel de décembre 2005, de 133 milliards de dollars. Le rapport calcule, en s'appuyant sur une étude de la banque suisse UBS, que «l'attribution agressive de prêts entre 2002 et 2004 s'est traduite par une nouvelle vague potentielle de prêts non performants, qui pourraient atteindre 225 milliards de dollars»; des prêts non performants non comptabilisés comme tels mais souvent inscrits à la catégorie «mention spéciale».

Certes, la Chine a accéléré le processus de recapitalisation de ces banques ces dernières années: les transferts aux structures de défaisance, les recapitalisations assurées par l'État (60 milliards de dollars de 2003 à 2005), le succès des introductions à la Bourse de Hongkong de grands établissements, ainsi que l'entrée au capital des étrangers en perspective de l'ouverture du secteur bancaire à la concurrence internationale en 2007, ont contribué à contrebalancer les effets du surinvestissement chinois. La China Construction Bank a ainsi levé quatre milliards de dollars auprès de Bank of America et de Temasek Holdings. En tout, quelque vingt banques chinoises ont été l'objet de prises de participations étrangères.

Mais d'autres éléments menacent de gonfler encore plus les mauvaises créances chinoises. Ernst & Young cite des «pratiques douteuses de prêts», ainsi qu'une «surexposition au secteur surchauffé de l'immobilier chinois», pour conclure que le problème chinois des mauvaises créances est «loin d'être résolu».

Nombre d'analystes ont tiré la sonnette d'alarme sur les dettes cachées de grands groupes chinois, qui dissimulent dans des filiales une partie de leur passif — pratique déjà rencontrée dans les keiretsu japonais et les chaebols coréens, mais qui, en Chine, intervient dans une économie bien moins régulée et bien moins mature.

Quant à la bulle immobilière, de plus en plus d'experts s'en inquiètent, pointant les similitudes avec la crise asiatique de 1997: volume de la production résidentielle en très forte hausse, afflux massif de capitaux étrangers, spéculation, et décrochage des prix immobiliers par rapport au niveau de vie moyen de la population.