Fin de cavale pour le chef de la mafia sicilienne

En fuite depuis plus de 40 ans, le chef de la mafia sicilienne, Bernardo Provenzano, l'un des hommes les plus recherchés en Italie, a été arrêté hier dans une ferme des environs de Corleone (Sicile), où il se cachait. Considéré comme le chef de la mafia, il a été interrogé à Palerme par le magistrat national antimafia, Piero Grasso.

Cette arrestation, annoncée par le ministère de l'Intérieur, représente le plus gros coup porté contre l'organisation criminelle depuis plus de 10 ans. Elle a même devancé, dans les bulletins d'information de la télévision, le suspense politique provoqué par les résultats très serrés des élections.

Provenzano, surnommé «le fantôme de Corleone», en référence à la ville rendue célèbre par la saga du roman Le Parrain, porté à l'écran par Francis Ford Coppola, dirige la mafia depuis 1993, date de l'arrestation à Palerme du Capo di Capi (chef des chefs), Toto Riina.

Âgé de 73 ans, Provenzano était recherché depuis plusieurs décennies. La dernière photo dont disposait la police pour l'identifier remontait à 1959, lorsqu'il avait 25 ans.

Selon des informations fragmentaires, il a été intercepté dans une ferme située à proximité de Corleone, où il se terrait. Il n'a opposé aucune résistance et a reconnu être qui il est, après l'avoir nié dans un premier temps. Il a été ensuite conduit par hélicoptère vers un lieu de Palerme tenu secret.

Les policiers ont été mis sur sa piste grâce à la découverte de notes sibyllines griffonnées sur de petits bouts de papier appelés pizzini, dont Provenzano se servait pour communiquer avec ses complices et sa famille.

Provenzano avait été condamné par contumace en liaison avec les crimes les plus célèbres commis par la mafia ces dernières décennies, dont l'assassinat des juges antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, en 1992.

Jeune homme, il était surnommé Binnu le tracteur en raison de la brutalité avec laquelle il fauchait ses ennemis lorsqu'il était l'exécuteur des basses oeuvres du clan des Corleone. Son génie pour échapper à ses poursuivants pendant tant d'années tout en restant en Sicile a fait de lui une légende.

En 2005, le procureur chargé de la lutte contre la mafia, Pietro Grasso, avait suscité des remous en affirmant que Provenzano avait bénéficié de la protection de la classe politique et de la police.

En 2003, il était même allé se faire opérer dans une clinique privée des environs de Marseille sous une fausse identité et il avait passé sa convalescence dans la villa d'un de ses amis située dans la campagne sicilienne.

D'après les enquêteurs, Provenzano avait institué depuis une douzaine d'années une nouvelle «doctrine» incitant les mafiosos à se faire discrets pour échapper aux projecteurs de la police.