Transport aérien - L'Europe publie sa liste noire

Bruxelles — L'Union européenne a interdit de vol hier sur son territoire près d'une centaine de compagnies aériennes, essentiellement africaines, en adoptant une première liste noire commune qui suscite pourtant déjà des critiques du côté des usagers.

Dès samedi, après la publication de la liste au journal officiel de l'UE, 92 compagnies ne pourront plus pénétrer dans l'espace aérien européen. Les 25 ont banni d'un bloc toutes les compagnies de la République démocratique du Congo — à l'exception de une, interdite seulement partiellement — de Sierra Leone, de Guinée équatoriale, du Liberia et du Swaziland, dont les systèmes de contrôle sont jugés «inadéquats».

Seule une petite dizaine de ces 92 compagnies ne sont pas africaines, mais originaires d'Asie centrale ou encore de Corée du Nord et de Thaïlande.

En outre, trois autres transporteurs seront soumis à de simples «restrictions», seulement certains de leurs appareils étant interdits, a précisé la Commission, qui a entériné une décision unanime des experts de la sécurité aérienne des 25.

Certaines des compagnies de la liste, disponible sur le site Internet de la Commission européenne, ne volent pas dans l'UE, a reconnu le commissaire européen aux Transports, Jacques Barrot. Mais «ces compagnies pouvaient à tout moment être appelées en sous-traitance par une autre», disposant elle de droits de vols dans l'UE, a-t-il expliqué.

Scepticisme

La publication de la liste laisse d'ores et déjà sceptiques certaines associations. Le président de la Fédération internationale des victimes d'accidents aériens, Gérard David, s'est ainsi «étonné» de l'absence de compagnies du bassin méditerranéen «alors qu'il y a récemment eu des problèmes, avec des passagers qui ont refusé de décoller ou qui ont quitté les avions».

Longtemps réticents à l'idée d'une liste noire commune, les États membres de l'UE avaient fini par s'y rallier après la série de catastrophes aériennes de l'été 2005, en particulier le crash de la compagnie West Caribbean au Venezuela, qui a causé la mort de 160 personnes dont 152 touristes français. Cette compagnie ne figure pas sur la liste car son pays, la Colombie, lui a lui-même déjà retiré son agrément, a expliqué hier M. Barrot.

La liste noire commune se substituera à celles, nationales, des États membres: une compagnie interdite dans un des 25 le sera dans toute l'UE.

Les passagers bénéficieront «du même niveau de sécurité quel que soit l'aéroport communautaire qu'ils empruntent», s'est félicité Christine de Veyrac, responsable du dossier au Parlement européen, qui avait poussé pour que le document soit plus qu'une simple compilation des listes nationales. Chaque État membre pourra toujours décréter, en cas d'urgence, une interdiction sur son territoire. Mais sa décision sera ensuite examinée par les experts des 25 et la Commission, qui l'étendront à toute l'UE si elle est jugée pertinente ou demanderont qu'elle soit rapportée dans le cas contraire.

Les critères d'élaboration de la liste reposent sur les «résultats des contrôles effectués dans les aéroports européens», l'utilisation «d'avions mal entretenus, vétustes ou dépassés» ou «l'incapacité des compagnies à corriger les déficiences identifiées lors des inspections», a rappelé la Commission.

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