Le pays oublié - L'ONU lance un plan d'aide pour la RDC

Un soldat congolais a monté la garde près de la ville de Bunia.
Photo: Agence Reuters Un soldat congolais a monté la garde près de la ville de Bunia.

Bruxelles — Les Nations unies ont lancé hier un plan d'aide de 680 millions de dollars en faveur de la République démocratique du Congo, tout en déplorant l'indifférence du reste du monde devant la crise que traverse ce vaste pays d'Afrique centrale.

Dans cette région en proie, selon certains experts, à la pire crise humanitaire qu'ait connue le monde ces 60 dernières années, quelque quatre millions de personnes ont péri de la faim et de maladies depuis le début de la guerre civile, en 1998. Le conflit a pris fin officiellement en 2003, mais les Congolais continuent de mourir. En moins d'une décennie, l'espérance de vie en République démocratique du Congo est passée de 54 à 43 ans.

«Nous parlons d'un pays où 1200 personnes meurent en silence chaque jour des conséquences de la guerre», a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, dans une vidéo diffusée à Bruxelles.

Le plan d'aide, soutenu par la Commission européenne, devrait permettre au pays de 60 millions d'habitants, grand comme l'Europe de l'Ouest, de prendre un nouveau départ. Les Congolais, qui se sont dotés d'une nouvelle Constitution l'an dernier, doivent retourner aux urnes en juin.

Les Nations unies et la Commission européenne ont reconnu qu'il serait difficile de rassembler l'argent, prévu pour financer 330 projets, dans un monde indifférent aux malheurs de cette région du globe où l'ONU a pourtant déployé sa plus grande opération de maintien de la paix (MONUC).

Six minutes...

«La plupart d'entre nous, dans la communauté internationale, ont considéré [la situation en RDC] comme un tas de conflits parallèles incompréhensibles, trop de partis, trop de misère, il était difficile de savoir ce qui se passait», a commenté le sous-secrétaire général de l'ONU chargé des Affaires humanitaires, Jan Egeland.

«En même temps, la couverture des médias internationaux a été très mauvaise. Selon une organisation non gouvernementale, six minutes ont été consacrées à la RDC l'an dernier à la télévision américaine. J'espère que cela fait partie du passé», a-t-il ajouté.

Les participants à la réunion de Bruxelles, parmi lesquels le Commissaire européen au Développement Louis Michel et le ministre du Plan congolais Alexis Thambwe Mwamba, ont souligné l'énormité de la tâche à accomplir.

En RDC, le système de santé est en ruines, les infrastructures de transports inexistantes. La violence est partout, femmes et enfants étant particulièrement victimes de brutalités à caractère sexuel.

Le coordinateur de l'ONU basé à Kinshasa, Ross Mountain, a plaidé pour un réveil de la communauté internationale. «Ils meurent, hélas, en silence. Ils ne meurent pas devant les caméras, alors c'est très difficile à rendre dramatique», a-t-il dit. «Ils meurent, pourtant...»

Les viols

Le plan d'action vise notamment à faire cesser les violences sexuelles commises envers les femmes, un fléau qui se poursuit malgré la fin officielle du conflit dans le pays en 2003. «Le viol est un outil de la guerre qui perdure» en RDC, a expliqué Ross Mountain.

«Si une femme ou une petite fille marche 7 km à l'aube pour aller chercher de l'eau potable, elle est exposée», souligne Annie Atibu Faray, présidente d'une association congolaise de défense des droits des femmes. Il faut donc régler ces problèmes de sécurité dans les régions instables pour que «les femmes puissent vaquer» à leurs occupations,.