Tolérance zéro pour les soldats - Londres veut éviter la colère des Irakiens

Londres — Montrer le plus rapidement possible aux musulmans que l'armée britannique n'a aucune tolérance envers ses soldats, quand ils commettent des exactions en Irak: c'était l'impératif de Londres après la divulgation par News of the World, dimanche, de photographies montrant des soldats britanniques emmenant derrière un mur de très jeunes Irakiens, puis les frappant à coups de bâton et de pieds, suivie de la diffusion de la vidéo dont sont issues ces images, sur les écrans britanniques, mais également dans le monde arabe.

Une première arrestation a été effectuée dès dimanche soir, et rendue publique hier par le ministère de la Défense, qui n'a donné aucun détail sur l'identité de l'homme interpellé. Le gouvernement britannique redoute des mouvements de colère dans le sud de l'Irak contre ses troupes. Et des représailles éventuelles contre les soldats britanniques en Afghanistan, au moment où 3300 hommes supplémentaires doivent y être envoyés.

Le ministère de la Défense avait été averti dès samedi soir des révélations que s'apprêtaient à faire News of the World, la rédaction en chef du tabloïd ayant préféré lui soumettre la vidéo intégrale avant de l'utiliser pour éviter tout piège, comme celui dont avait été victime le Daily Mirror qui avait diffusé des photos d'exactions truquées en 2004. Estimant qu'il s'agissait de «très sérieuses allégations», le ministère a annoncé dans la foulée l'ouverture d'une «enquête urgente» par la police militaire.

Le tabloïd, propriété de Rupert Murdoch, a livré peu de détails sur le contexte de cette vidéo. On voit de jeunes garçons manifester à l'extérieur d'un mur blanc qui serait une enceinte militaire, huit soldats en attrapent quatre, les traînent derrière l'enceinte, les frappent, à terre pour l'un d'entre eux, dans les parties génitales pour un autre. Le film aurait été tourné dans une ville du sud de l'Irak, au début 2004. On ne sait pas quel bataillon est impliqué. «Oh oui, oh oui, tu l'as bien mérité. Vilains petits garçons. Sales connards, sales connards. Crevez», s'enthousiasme le caporal qui aurait filmé ces brutalités, avant d'éclater de rire. Une scène relatée par le journal ne figure pas dans les extraits diffusés sur les télévisions: le caméraman-amateur frappe, à deux reprises, le visage d'un Irakien, mort, âgé d'une vingtaine d'années. Ce film aurait ensuite été vu par des soldats de ce régiment, lors de leur retour dans leur base en Europe. Écoeuré, l'un d'eux aurait souhaité dénoncer les faits, selon le tabloïd.

En janvier 2005 déjà, la publication d'une vingtaine de photographies, images de dégradation et d'humiliation de prisonniers irakiens, choquait très profondément l'opinion publique: ces «pièces à conviction» avaient été diffusées, lors de l'ouverture, en Allemagne, du procès de trois soldats depuis condamnés pour mauvais traitements. Hier le ministère de la Défense insistait sur le fait ces comportements sont marginaux: «Je voudrais vous rappeler que plus de 80 000 hommes et femmes ont servi en Irak» et «seul un tout petit nombre d'entre eux a été impliqué dans des affaires d'abus délibérés», a déclaré son porte-parole. Pour l'armée de sa Majesté, qui tient à se différencier des marines américains, cette minorité d'incidents est tout de même une majeure source de tensions.