Grippe aviaire - L'Italie, la Grèce et la Slovénie mobilisées

Des poulets picoraient hier dans un champ de Palerme, en Sicile.
Photo: Agence Reuters Des poulets picoraient hier dans un champ de Palerme, en Sicile.

Rome — Des gouvernements de l'UE ont prôné le calme, hier, après les premières apparitions du virus H5N1 de la grippe aviaire chez des oiseaux sauvages dans le bloc européen, tandis que le Nigeria attendait le résultat d'analyses concernant deux enfants peut-être contaminés.

L'annonce, samedi en Grèce et en Italie, de la présence de la souche hautement pathogène du H5N1 chez des cygnes a confirmé l'arrivée dans l'Union européenne d'un virus qui a tué au moins 88 personnes en Asie et au Moyen-Orient et entraîné l'abattage de millions de volatiles.

Le virus a fait deux morts de plus en Indonésie, portant à 18 le nombre des victimes de la grippe aviaire dans l'archipel, a annoncé le ministère de la Santé hier à Djakarta.

D'autres cas suspects ont été signalés chez des oiseaux dans les frontières de l'UE. La Slovénie a ainsi envoyé pour analyse en Grande-Bretagne des prélèvements effectués sur un cygne atteint du virus H5 afin de déterminer s'il s'agissait de la forme hautement pathogène de la maladie.

Des responsables européens se sont employés à rassurer l'opinion en soulignant qu'aucun cas humain n'avait été signalé dans leur région.

«Je crois qu'il faut garder une vraie sérénité», a déclaré hier le ministre français de la Santé, Xavier Bertrand. «Nous sommes toujours, avec les informations qui nous viennent notamment d'Italie, de Grèce et de Bulgarie, comme du Nigeria, avec une grippe aviaire, c'est-à-dire qui touche les oiseaux, les animaux», a-t-il dit sur France Info.

«Le cas de transmission d'homme à l'homme ne s'est jamais produit sur la planète», a-t-il rappelé.

En Italie, le ministre de la Santé Francesco Storace a déclaré lors d'une réunion d'experts qu'il comptait démontrer aux habitants qu'ils n'avaient aucun motif d'inquiétude. «Demain [aujourd'hui], je me rendrai dans toutes les régions et tous les endroits où a été détecté le H5N1, précisément pour montrer qu'il n'y a aucune raison de s'inquiéter pour les humains», a dit Storace aux journalistes.

Les experts craignent que le virus ne subisse une mutation qui le rende transmissible d'homme à homme en risquant de provoquer une pandémie meurtrière.

Le ministère italien de la Santé, qui a exhorté les habitants à ne pas toucher les oiseaux morts, a annoncé que l'on procédait à des analyses sur un cygne découvert mort dans la région centrale des Abruzzes.

Si le test se révèle positif, cela porterait à quatre le nombre de régions italiennes affectées par la maladie avec la Sicile, les Pouilles et la Calabre, en marquant une progression du problème vers le nord. Actuellement, les humains ne peuvent contracter la grippe aviaire que par contact étroit avec un animal infecté, ce qui est beaucoup moins probable avec des oiseaux sauvages qu'avec des volatiles domestiques.

Ce n'est guère un réconfort pour le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique qui est devenu cette semaine le premier du continent à confirmer la présence du H5N1 sur son territoire et où les volailles sont omniprésentes — des cours de maison aux rues des villes et aux autobus comme sur les marchés bondés.

Les autorités sanitaires nigérianes attendent les résultats d'analyses effectuées sur deux enfants qui pourraient être les premières victimes africaines du H5N1. La présence du H5N1 n'a été confirmée officiellement que cette semaine dans le pays et l'on s'efforce de contenir sa propagation dans les zones agricoles du Nord.

Une équipe du ministère de la Santé a rendu visite hier aux deux enfants, un garçon de quatre ans et un bébé de quatre mois, dans l'État septentrional de Kaduna. Un responsable du ministère, Abdusalam Nasidi, a dit avoir emporté un prélèvement sanguin qui doit être analysé dans l'État voisin du Plateau.

La présence du H5N1 n'a été confirmée que dans quatre fermes situées dans trois États du Nord nigérian, mais des responsables jugent possible que plus de vingt exploitations ne soient touchées dans le seul État de Kano. Des paysans de trois autres États du Nord ont aussi fait état de la mort de milliers de volailles, selon des médias locaux.

«C'est une situation d'urgence, et il est très important de stopper le maniement, le commerce et les déplacements d'oiseaux», a dit Mohamed Belhoecine, représentant de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) au Nigeria.

La France et l'Allemagne dépêcheront la semaine prochaine au Nigeria une force d'intervention sanitaire conjointe. Elle sera composée de «vétérinaires spécialistes de l'épidémiologie, du diagnostic, de la vaccination et du traitement des foyers d'épizootie», a précisé hier le ministère français de l'Agriculture dans un communiqué.

Le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a fait savoir que Paris envisageait par ailleurs la mise en place d'une cellule de veille sanitaire au Nigeria «qui rassemblerait le réseau de nos experts nationaux».