Irak - Al-Jaafari désigné par l'Alliance chiite pour diriger le gouvernement

Bagdad — L'actuel premier ministre irakien Ibrahim al-Jaafari a été désigné hier par les parlementaires de l'alliance conservatrice chiite sortie victorieuse des élections du 15 décembre pour diriger le prochain gouvernement, avec seulement une voix d'avance sur son rival, le vice-président Adil Abdul-Mahdi.

M. Al-Jaafari, médecin et chef du parti islamique Dawa, a recueilli 64 voix, contre 63 à M. Abdul-Mahdi, candidat du Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak (CSRII, principal parti chiite du pays), à l'issue d'un vote reporté d'une journée en raison de divergences au sein de l'Alliance irakienne unifiée, coalition hétéroclite de mouvements chiites conservateurs.

La désignation d'Al-Jaafari est un temps fort dans la constitution du gouvernement à venir, censé présider aux destinées irakiennes pour les quatre années à venir. Le futur premier ministre, choisi en vertu de la nouvelle constitution au sein du groupe parlementaire majoritaire, devrait être confirmé officiellement d'ici à deux semaines par le président. Il aura ensuite un mois pour constituer son gouvernement, les Américains souhaitant une coalition la plus large possible dans l'espoir de mettre un terme à la violence.

Les 128 élus de l'Alliance irakienne unifiée étaient réunis depuis samedi, mais le vote a été reporté d'une journée à la demande des partisans du chef extrémiste chiite Moqtada al-Sadr, favorable à la candidature de M. Abdul-Mahdi.

Le président irakien Jalal Talabani, dirigeant de la Coalition kurde, a rapidement posé ses conditions pour la constitution du futur gouvernement. À l'issue d'une réunion avec le tout-puissant ambassadeur américain Zalmay Khalilzad, il a rappelé la nécessité de l'unité nationale, et a notamment exigé l'inclusion dans la future équipe dirigeante de représentants de la Liste nationale irakienne du très séculier ancien premier ministre Iyad Allaoui, bête noire de nombreux chiites conservateurs.

Proche des Américains, Iyad Allaoui est pressenti pour prendre le ministère de l'Intérieur, à la place de Bayan Jabr, accusé par les sunnites d'orchestrer, par l'entremise des forces de sécurité chiites, des enlèvements et assassinats de membres de la communauté sunnite. Les chiites veulent avoir le contrôle des portefeuilles de l'Intérieur et de la Défense, et ainsi la main haute sur la police et l'armée, aux mains des sunnites du temps de Saddam Hussein.

Peu après sa désignation, Ibrahim al-Jaafari a déclaré que l'Alliance allait ouvrir des pourparlers avec les autres groupes «sur la base des intérêts de l'Irak» et de la nouvelle Constitution, ratifiée par référendum le 15 octobre malgré l'opposition de nombreux sunnites, inquiets de voir leur influence diluée dans un fédéralisme favorable aux chiites et kurdes et les anciens baassistes exclus des postes à responsabilité. Les premiers pourparlers entre Coalition kurde et Alliance devaient avoir lieu dès hier.

Pendant les tractations politiques, les violences se sont poursuivies, faisant au moins six morts et 20 blessés hier dans une série d'attentats et de fusillades à Bagdad et au nord de la capitale.

L'insurrection a également tiré, sans faire de victimes, un mortier dans la Zone verte, l'enceinte de sécurité du centre de Bagdad qui abrite la plupart des services du gouvernement irakien et les ambassades étrangères, dont celle des États-Unis, selon les autorités. Par ailleurs, le chef de l'équipe de défense de Saddam Hussein, Khalil Doulaïmi, a démenti hier que le président déchu avait l'intention d'observer une grève de la faim comme l'avait annoncé auparavant l'un de ses collègues.

Dans un premier temps, un des avocats de Saddam Hussein, le jordanien Zyad Najdaoui, avait indiqué que Saddam Hussein et ses sept co-accusés avaient décidé d'observer une telle grève pour protester contre la décision du Haut tribunal pénal irakien de les forcer à comparaître.

Les huit accusés sont jugés pour le massacre de 148 villageois chiites après une attaque du cortège présidentiel en 1982 à Doujaïl, au nord de Bagdad. Ils risquent la peine de mort, mais plaident non coupables.

La dernière audience s'était tenue le 2 février en l'absence des huit accusés et des avocats de la défense. Le procès reprend aujourd'hui.