Élection présidentielle en Haïti - Appel à la victoire de René Préval

Port-au-Prince — Plus de 10 000 personnes ont manifesté hier à Port-au-Prince pour revendiquer la victoire à la présidentielle de l'ex-chef d'État René Préval, 63 ans, crédité de moins de 50 % des voix, selon des résultats partiels.

Selon le Conseil électoral (CEP), après le décompte de 75,8 % des suffrages, l'ancien allié de Jean Bertrand Aristide n'obtient que 49,10 % des votes, mais est loin devant son principal rival, Leslie Manigat, 75 ans, autre ex-président haïtien (1988) qui ne totalise que 11,72 % des voix.

En dépit d'un appel du CEP — qui craint des violences — à ne pas manifester avant la proclamation des résultats finaux attendus hier soir, les partisans de René Préval, président de 1996 à 2001, sûrs de sa victoire, ont envahi les rues de la capitale pour la deuxième journée consécutive.

«Préval a gagné à 90 %, il faut déclarer sa victoire», a déclaré un manifestant. «Préval a déjà gagné avec 70 %», assure un autre, Charles Jean Robert, un enseignant de 45 ans. Selon lui, les autorités électorales veulent «faire des magouilles pour favoriser Manigat».

Pour éviter un deuxième tour, un des candidats doit remporter au moins 50 % des voix plus une. Les autorités électorales ont indiqué qu'un éventuel deuxième tour se tiendrait le 19 mars.

Dans le centre de Port-au-Prince, les partisans du favori crient «Préval président» dans une atmosphère bon enfant de carnaval. Venus par milliers, ils dansent au rythme de tambours et de trompettes improvisées. Sur les toits et sur des balcons, des gens les encouragent, ont constaté des journalistes de l'AFP. D'autres manifestations se sont produites dans le pays, selon des radios haïtiennes.

La police haïtienne (5000 hommes) et l'ONU, qui dispose de 9500 Casques bleus et policiers internationaux en Haïti, craignent des violences si le résultat de la présidentielle n'entérine pas une victoire de Préval dès le premier tour.

«Soit il passe au 1er tour et tout va bien sur le plan sécurité. Soit il dépasse de peu 50 % et le camp opposé pourrait contester le résultat. Soit un deuxième tour est nécessaire et ses partisans les plus radicaux vont croire qu'on leur a volé la victoire», résume un responsable de l'ONU sous couvert d'anonymat.

Les répétitions du carnaval, une fête sacrée pour les 8,5 millions de Haïtiens, devaient reprendre hier soir et pourraient contribuer à d'éventuels débordements.

Le 12 février a été baptisé en Haïti «Journée nationale de la paix et de la tolérance» et l'ex-archevêque sud-africain Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix 1984, en visite pour trois jours en Haïti, a prêché hier matin la «réconciliation nationale».

Selon le Conseil électoral, 63 % des 3,5 millions d'électeurs inscrits ont voté le 7 février pour choisir un président et un Parlement. Il s'agit de la plus large participation à un scrutin jamais atteinte en Haïti.

Les observateurs internationaux ont estimé que les premières élections de l'après-Aristide, quatre fois reportées, avaient été «libres» même après un début particulièrement chaotique.

Depuis le début de la semaine, les bandes armées qui terrorisaient encore récemment les habitants de Port-au-Prince observent une trêve et pourraient déposer les armes si leur favori, René Préval, gagnait la présidentielle.

Les principaux candidats à la présidentielle ont reconnu la nécessité de maintenir la Mission de stabilisation de l'ONU en Haïti (Minustah) une fois un nouvel exécutif installé. Le Conseil de sécurité devrait prolonger à la mi-février sa mission de six mois, jusqu'au 15 août.

Seule fausse note dans l'engagement international à aider Haïti dans la durée, l'Espagne a annoncé sa volonté de retirer ses 200 militaires fin mars, après la fin du processus électoral.