Caricatures - Les appels à l'apaisement se font nombreux

Copenhague — Les manifestations se sont poursuivies hier dans le monde contre la publication de caricatures du prophète Mahomet, mais sans la violence des jours précédents, tandis que de plus en plus de voix se faisaient entendre pour demander l'apaisement.

Les deux journaux à l'origine de cette controverse planétaire, le danois Jyllands-Posten, qui avait publié les 12 dessins satiriques le 30 septembre dernier, et la petite feuille norvégienne Magazinet, qui l'avait imité le 10 janvier, ont fait quelques pas pour éteindre l'incendie allumé chez les musulmans, sans renier leur attachement à la liberté d'expression.

Le plus grand journal danois a publié sur son site Internet une «nouvelle version» en langue arabe de sa lettre d'excuses aux musulmans. Cette seconde version est celle qui a été transmise aux journaux algériens par l'ambassade du Danemark à Alger et publiée hier par deux d'entre eux. Les excuses y sont plus claires et plus directes que dans la version arabe du 30 janvier ainsi que dans les versions française, anglaise et danoise également publiées par le journal. Toutefois, le journal ne s'est pas excusé d'avoir publié les dessins, comme le réclament de nombreux musulmans.

De son côté, le petit périodique chrétien norvégien «réfléchit à des mesures de réconciliation» avec des responsables du Conseil islamique norvégien. Néanmoins, son rédacteur en chef, Vebjoern Selbekk, qui a reçu de nombreuses menaces de mort ces dernières semaines, a exclu de présenter des excuses inconditionnelles.

Les manifestations contre la publication des dessins se sont poursuivies hier, mais sans les violences de ces derniers jours.

De 10 000 à 15 000 membres de la communauté musulmane d'Afrique du Sud ont défilé pacifiquement dans les rues du Cap.

Dans la banlieue de Beyrouth, où plusieurs centaines de milliers de chiites étaient rassemblés pour commémorer le deuil chiite de l'Achoura, le chef du Hezbollah libanais, cheikh Hassan Nasrallah, a exigé hier des excuses et une législation européenne interdisant les insultes.

Cependant, les déclarations incendiaires sont de plus en plus contre-balancées par les appels à l'apaisement. À commencer par le chef du bureau politique du mouvement islamiste palestinien Hamas, Khaled Mechaal, dont la formation vient de remporter les élections législatives dans les territoires palestiniens. «Le mouvement est disposé à jouer un rôle pour apaiser la situation entre le monde islamique et les pays occidentaux à condition que ces pays s'engagent à mettre fin aux atteintes aux sentiments des musulmans», a-t-il déclaré.

Une centaine de personnalités politiques et d'intellectuels arabes et européens ont lancé à Paris un appel à la modération publié à l'occasion d'une réunion organisée par l'association Reporters sans frontières.

Au Danemark, 3000 personnes ont signé une lettre ouverte sur Internet dans laquelle elles prennent leurs distances avec les caricatures et affirment vouloir vivre en paix avec le monde musulman.

Ali al-Samman, responsable du dialogue interconfessionnel à al-Azhar, la plus haute autorité de l'islam sunnite, au Caire, a demandé que l'on dépasse le cadre émotionnel. Son objectif serait désormais d'obtenir un cadre juridique international permettant à terme de réprimer l'islamophobie à l'instar de l'antisémitisme.