Haïti : une majorité pour Préval?

Le Palais national haïtien.
Photo: Agence Reuters Le Palais national haïtien.

Le décompte des voix continuait de se faire au compte-gouttes hier en Haïti et le Conseil électoral provisoire n'avait toujours pas comptabilisé suffisamment de résultats pour oser en tirer une tendance officielle. Mais il apparaissait de plus en plus possible que le candidat René Préval, un proche de l'ex-président déchu Jean-Bertrand Aristide, obtienne la majorité à la présidentielle tenue mardi.

Tout tend à indiquer, selon les observateurs et les journalistes sur le terrain, que M. Préval a récolté plus de 50 % des voix dès le premier tour de cet important scrutin présidentiel et parlementaire, le premier à avoir lieu depuis la chute, en février 2004, d'Aristide, aujourd'hui en exil en Afrique du Sud. Cela rendrait inutile la tenue d'un deuxième tour présidentiel, le 19 mars prochain, sur lequel les principaux rivaux de M. Préval continuaient néanmoins de miser.

Des missions d'observation électorale ont par ailleurs accordé hier leur satisfecit au scrutin. Dirigée par le directeur général d'Élections Canada, Jean-Pierre Kingsley, la Mission internationale d'évaluation des élections en Haïti (MIEEH) a déclaré que les élections avaient été libres, en dépit des cafouillages et des lenteurs. «Le peuple haïtien a manifesté sans équivoque et librement sa volonté de dessiner son avenir dans la voie de la démocratie», a souligné M. Kingsley. Bureaux de vote mal identifiés ou qui ont ouvert avec plusieurs heures de retard, listes électorales incomplètes, isoloirs mal conçus qui ne garantissaient guère le secret du vote... Quitte à jouer du coude, les électeurs haïtiens ont en effet dû faire preuve de «volonté» pour atteindre les boîtes de scrutin.

M. Préval, un homme qui a brillé par sa discrétion en campagne électorale, attend les résultats officiels depuis sa résidence de Marmelade, dans le nord du pays. Son entourage politique n'était pas loin de triompher hier. Selon un responsable de sa campagne qui a requis l'anonymat, M. Préval serait en tête dans toutes les régions haïtiennes avec plus de 60 % des voix.

Sûr en tout cas que le rappeur Wyclef Jean, de nationalité haïtienne, fondateur du groupe The Fugees, a voté pour lui. M. Préval, a-t-il déclaré dans une entrevue, est le plus à même de rétablir la stabilité en Haïti. «Préval est probablement l'homme qui peut régler ces problèmes [de violence et d'insécurité] mieux que quiconque», a-t-il affirmé.

Les observateurs et les journalistes appuient leurs prédictions sur les procès-verbaux affichés sur les murs de plusieurs bureaux de vote de Port-au-Prince. Le Devoir a pu consulter dès mardi soir les résultats de quelques bureaux à Pétion-Ville, sur les hauteurs de Port-au-Prince: l'avance de M. Préval était écrasante.

Le Conseil électoral provisoire (CEP) a toutefois prévenu que les chiffres inscrits sur ces procès-verbaux n'avaient pas encore été vérifiés. Ces procès-verbaux dressés à la main continuaient hier d'être lentement transportés de tous les coins du pays, notamment par les hélicoptères de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (MINUSTAH), vers le centre informatique du CEP, installé dans un hangar près de l'aéroport international de la capitale. Hier après-midi, le CEP n'avait pas contre-vérifié plus de 13 % des résultats. Le directeur général du CEP, Jacques Bernard, a estimé que les premières projections pourraient être données demain. Rien de précis à ce jour sur le taux de participation, qui semble avoir été élevé.

Les deux principaux rivaux de René Préval, président de 1996 à 2001, sont Charles Henri Baker, un industriel de 50 ans, et Leslie Manigat, 75 ans, brièvement président du pays en 1988 à la faveur d'élections truquées par l'armée. L'un et l'autre refusaient hier de s'avouer vaincus.

«J'ai l'impression qu'il y aura un deuxième tour», a indiqué M. Baker à l'AFP. Lundi, il s'était pourtant déclaré convaincu de pouvoir remporter des élections «libres et honnêtes». Hier, il critiquait la désorganisation du scrutin, estimant que beaucoup d'électeurs risquent de n'avoir pas pu voter.

M. Manigat analysait de son côté que, «dans la région de Port-au-Prince, Préval a donné l'impression d'avoir raflé la mise» mais qu'«au fur et à mesure de la publication des chiffres dans les provinces, cette tendance s'est renversée». Et d'ajouter: «Aujourd'hui, les chances d'un deuxième tour, qui paraissaient faibles au départ, deviennent de plus en plus fortes.»

Avec l'Agence France-Presse