Caricatures du prophète - Violences, menaces et appels au calme se multiplient

Des drapeaux danois, israéliens et américains ont été brûlés à Karachi, au Pakistan.
Photo: Agence Reuters Des drapeaux danois, israéliens et américains ont été brûlés à Karachi, au Pakistan.

Alors que les appels au calme de la communauté internationale se multiplient, la vague de violence déclenchée par la reproduction dans la presse mondiale de caricatures du prophète Mahomet a encore fait trois morts en Afghanistan hier.

Ces nouveaux décès, lors d'affrontements entre la police et des manifestants qui protestaient contre ce qu'ils considèrent comme un blasphème, portent à dix le nombre des victimes en Afghanistan. Le conseil des oulémas afghans a lancé un appel à l'arrêt immédiat des violences.

Au Danemark, où les dessinateurs des caricatures sont protégés par la police nuit et jour, la crise se poursuit. Des Marocains ont déposé une requête en urgence contre le Danemark devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) de Strasbourg.

En Cisjordanie, les observateurs européens de la Présence internationale temporaire à Hébron (TIPH), sous commandement norvégien, ont quitté la ville après que leurs locaux eurent été attaqués par des manifestants. La soixantaine d'observateurs sont partis vers Tel-Aviv et resteront pour le moment en Israël.

Récompense

Environ 200 personnes ont manifesté devant les ambassades du Danemark et de Grande-Bretagne à Téhéran. À Ankara, quelque 500 ultranationalistes ont manifesté près de l'ambassade du Danemark. Au Pakistan, quelque 3000 personnes ont protesté contre les caricatures dans la zone tribale proche de la frontière afghane.

À Sarajevo, environ 1500 musulmans ont manifesté devant les ambassades de plusieurs pays européens et brûlé des drapeaux danois, français, norvégien et croate.

Des internautes ont piraté environ 600 sites danois pour diffuser des menaces et protester contre la publication de caricatures de Mahomet dans la presse, a annoncé hier un groupe de surveillance d'Internet.

Le mollah Dadullah, un important chef taliban, a offert une récompense de 100 kilos d'or à celui qui tuerait le dessinateur auteur des caricatures de Mahomet, selon l'agence privée Afghan Islamic Press .

Depuis vendredi, des dizaines de milliers de musulmans outrés ont exprimé leur colère à travers le Moyen-Orient, l'Asie et l'Afrique tandis que, au nom de la liberté d'expression, des journaux des cinq continents continuaient à reproduire les 12 caricatures incriminées, publiées pour la première fois en septembre au Danemark.

Ce pays, qui se retrouve dans l'oeil du cyclone — ses missions diplomatiques ont été incendiées ou attaquées à Damas, Beyrouth et Téhéran —, a accusé des éléments «radicaux, extrémistes et fanatiques» de souffler sur les braises de la colère musulmane «pour faire avancer leurs propres objectifs».

Les États-Unis ont pour leur part explicitement accusé hier la Syrie et l'Iran d'avoir «incité» aux violences anti-occidentales. La secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice a mis en cause Damas et Téhéran dans les émeutes et les violences contre des ambassades et d'autres locaux diplomatiques européens.

Le gouvernement danois a été entendu par Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, qui s'est associé au chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, et au secrétaire général de l'Organisation de la Conférence islamique, Ekmeleddin Ihsanoglu, pour estimer que «les récents actes de violence dépassent les limites de la protestation».

«Tester les limites»

«Nous comprenons la douleur et l'indignation profonde ressenties dans le monde musulman. Nous estimons que la liberté de la presse suppose responsabilité et mesure et qu'elle doit respecter les convictions et les croyances de toutes les religions», ont dit les trois hommes dans un communiqué commun publié mardi soir.

À Téhéran, le quotidien iranien Hamchahri, le plus fort tirage de la presse iranienne, a lancé un concours de dessins «humoristiques» rival sur le thème de l'Holocauste afin de «tester» les limites de la tolérance dont se réclament les pays occidentaux.

Selon les analystes, la Syrie et l'Iran, tous deux engagés dans une logique d'affrontement avec les États-Unis et les Européens, instrumentalisent la colère des foules.

Pour tenter d'apaiser les tensions, le haut représentant de l'UE pour la politique étrangère, Javier Solana, s'apprête à entamer une tournée de capitales arabes et musulmanes pour tenter de contribuer à un apaisement des esprits, a annoncé la présidence autrichienne de l'Union européenne, laquelle a été prise pour cible epar des manifestants ces derniers jours à Gaza et hier à Hébron, en Cisjordanie.

Les caricatures incriminées du Prophète ont été publiées dans huit pays de l'Union (Hongrie, Italie, Espagne, Pays-Bas, Pologne, Danemark, Allemagne, France) ainsi qu'en Bulgarie, en Norvège, en Suisse et en Ukraine, mais aussi en Australie, aux îles Fidji, au Japon, en Malaisie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et aux États-Unis.

Dans les pays arabes où ces dessins ont aussi été publiés, comme le Yémen et la Jordanie, les journaux qui les ont reproduits ont eu maille à partir avec la justice ou les autorités. Au Japon, le ministère des Affaires étrangères reconnaît avoir «conseillé amicalement» aux directeurs de journaux de s'abstenir de jeter de l'huile sur le feu.