Le roi perd son pari - Participation minimale aux municipales népalaises

Katmandou — Les municipales d'hier au Népal, plombées par une participation minimale et émaillées d'incidents, sanctionnent l'échec du roi Gyanendra à rallier la population et une victoire de l'opposition alliée aux rebelles qui ont levé leur mot d'ordre de grève générale avant son terme.

«Notre campagne visant au boycottage des urnes a été un succès et c'est en prenant en compte les appels émanant des sept partis [d'opposition], de diverses organisations et de la population que nous avons mis fin au mouvement» de grève, a déclaré le chef des rebelles maoïstes, Prachanda, dans un communiqué.

Le pays a été largement paralysé par la grève qui avait commencé dimanche et ne devait s'achever qu'à la fin de la semaine.

La journée électorale d'hier a été émaillée d'incidents au cours desquels un manifestant de l'opposition et un rebelle maoïste ont été tués. L'armée a ouvert le feu sur un groupe d'opposants au scrutin à Tribhuvan, dans le district de Dang (ouest), tuant un protestataire, a annoncé un responsable de l'état-major à Katmandou. Par ailleurs, les forces de sécurité ont annoncé dans un communiqué la mort d'un rebelle dans le district de Kailali (ouest).

Les élections, les premières depuis sept ans, ont été largement boudées par la population. La Commission électorale n'avait pas fourni en fin de journée de chiffres de participation définitifs, mais la télévision du Népal (publique) a indiqué que dans la capitale, Katmandou, la participation était inférieure à 10 % une heure avant la clôture du scrutin. Les résultats sont attendus aujourd'hui.

Pleins pouvoirs

Le scrutin avait été convoqué par le roi, qui l'a qualifié de premier pas vers le rétablissement de la démocratie. Le monarque a pris les pleins pouvoirs le 1er février 2005 mais a promis des législatives pour 2007.

De nombreux candidats potentiels ont renoncé à se présenter, menacés de mort par les rebelles et de sanctions par le gouvernement en cas de retrait intempestif. Deux d'entre eux ont été assassinés depuis le 22 janvier et le scrutin n'a eu lieu que dans 36 municipalités, au lieu des 58 initialement prévues, faute de prétendants. Les candidats en lice dans les 22 autres mairies ont été déclarés vainqueurs par forfait.

Le scrutin a été également marqué par un redoublement des offensives des rebelles, qui contrôlent déjà une partie du royaume.

Hier, l'armée a encore annoncé la mort de huit maoïstes et d'un soldat dans différents accrochages survenus mardi. Ces décès s'ajoutent aux huit autres, sept membres des forces de sécurité et un rebelle, annoncés mardi.

Depuis début janvier et la fin de la trêve unilatérale de quatre mois que les maoïstes avaient décrétée, plus de 140 personnes ont été tuées. La «guerre du peuple», par laquelle les maoïstes entendent abolir la monarchie, a fait plus de

12 500 morts depuis 1996.

Dans une entrevue publiée hier par le journal indien The Hindu, le chef des maoïstes a appelé le roi au dialogue. «Asseyons-nous autour d'une table, puis, si [le roi] évoque des élections libres et honnêtes en vue de la formation d'une assemblée constituante, alors nous serons prêts à y prendre part.»

Prachanda a assuré que les maoïstes seraient disposés à accepter une démocratie multipartite, une république, voire le maintien de la monarchie «si la population le choisit ainsi».