Le chef de Fallouja a été abattu

Fallouja — Le chef de la municipalité de Fallouja a été assassiné hier matin et, quelques heures plus tard, des affiches menaçant de mort ceux qui «collaborent» avec les forces américaines ont été placardées sur les mosquées de la ville.

Cheikh Kamal Chaker Nazal, 54 ans, père de trois enfants, avait décidé de travailler avec les Américains pour la reconstruction de sa ville.

La cité de 250 000 habitants, qui fut la citadelle de la guérilla jusqu'à ce qu'elle soit chassée par une offensive militaire américano-irakienne en novembre 2004, porte encore les stigmates des combats.

Pendant qu'il se rendait en voiture à son bureau, des hommes ont ouvert le feu dans le centre de la cité, blessant mortellement cheikh Kamal Chaker Nazal, a indiqué le Dr Hathem al-Doulaïmi, de l'hôpital de Fallouja.

Peu de temps après, la police a annoncé avoir arrêté trois suspects qui se trouvaient à bord d'une BMW noire, identique à celle qu'avaient décrite des témoins.

Des affiches signées par les Lions de l'islam et «menaçant du pire ceux qui coopèrent avec l'armée américaine» sont apparues sur les murs des mosquées. L'avertissement vise nommément deux personnalités: cheikh Thamer Ibrahim al-Farhan, chef du conseil des chefs de tribus de Fallouja, et Ahmed Sarhane Abed al-Doulaïmi, un chef tribal très connu dans la ville.

Élu à son poste il y a six mois, cheikh Kamal Chaker Nazal n'était pas au départ particulièrement bien disposé envers les Américains. Avec son frère Jamal, l'imam de la grande mosquée de la ville, il avait été détenu un an (en 2003 et 2004) à Bucca, un centre de détention situé dans le sud du pays.

Membre du Conseil des oulémas musulmans de Fallouja et élu chef du conseil municipal, il avait participé, il y a quelques jours, à une réunion des chefs de tribu et des imams de la ville, qui y avaient discuté des revendications des habitants de Fallouja, de la libération des prisonniers et surtout de la mise sur pied d'une brigade de l'armée qui soit composée d'habitants de Fallouja.

Il n'est pas le premier notable à trouver la mort. Cheikh Hamza al-Issaoui, mufti de la ville, qui avait incité l'été dernier les autorités locales à établir un contact avec les militaires américains, a été abattu le 30 novembre dernier.

Les autres responsables politiques et religieux sont menacés de subir le même sort, ce qui ne les empêche pas de continuer à rencontrer régulièrement les forces américaines.