Les caricatures de Mahomet - La colère ne s'apaise pas

Des employés du gouvernement du Cachemire ont manifesté hier à Srinagar.
Photo: Agence Reuters Des employés du gouvernement du Cachemire ont manifesté hier à Srinagar.

La mobilisation contre la publication des caricatures de Mahomet n'a pas faibli hier dans le monde musulman, malgré la multiplication des appels au calme après les violences du week-end, à Beyrouth notamment, où l'ambassade du Danemark a été incendiée.

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a fait part de son inquiétude et a lancé un appel à la retenue, tandis que l'Iran rompait toutes ses relations commerciales avec Copenhague, où les caricatures ont été publiées pour la première fois fin septembre.

À Téhéran, 400 manifestants se sont rassemblés hier soir devant l'ambassade du Danemark, qui a été bombardée à l'aide de cailloux et de cocktails Molotov. Aucun membre du personnel diplomatique ne s'y trouvait. Un cordon de policiers antiémeutes a empêché la foule d'y pénétrer. Une autre manifestation s'était déroulée un peu plus tôt devant l'ambassade d'Autriche, qui assure la présidence tournante de l'Union européenne.

Le ministre iranien du Commerce, Massoud Mirkazemi, a annoncé hier que Téhéran rompait toutes ses relations commerciales avec le Danemark. Cette mesure prendra effet aujourd'hui avec l'interdiction des importations de produits danois.

Mais c'est en Afghanistan que les violences les plus graves ont eu lieu. Des affrontements avec la police ont fait un mort à Mehrtalam, dans la province de Laghman, où les autorités imputent les troubles à des agitateurs issus des rangs talibans. Deux autres Afghans ont été tués lorsque la police a ouvert le feu sur des manifestants rassemblés aux abords de la base américaine de Bagram, au nord de Kaboul.

Un manifestant était mort dimanche à Beyrouth en se jetant du troisième étage du consulat du Danemark en feu.

Après s'être bornés à partager l'indignation du monde musulman, les États-Unis ont fermement dénoncé les violences qui en ont découlé. «Nous condamnons les actes de violence liés aux préoccupations suscitées par ces caricatures, où qu'ils se produisent», a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Scott McClellan. «C'est pourquoi nous invitons tous les gouvernements à prendre des mesures pour apaiser la tension et prévenir la violence.»

Le président français Jacques Chirac a exprimé sa solidarité avec Copenhague, qui focalise la colère des manifestants, et encouragé «tous les gestes qui peuvent contribuer à l'apaisement».

Les chefs de gouvernement turc et espagnol ont lancé, dans les pages de l'International Herald Tribune d'hier, un appel conjoint au calme et au respect. «Nous serons tous perdants si nous ne parvenons pas à désamorcer immédiatement cette situation, qui ne peut que mener sur le chemin de la méfiance et du malentendu entre les deux parties», écrivent Tayyip Erdogan et José Luis Rodriguez Zapatero.

Les ambassadeurs des pays de l'Union européenne devaient se réunir hier pour examiner les moyens d'apaiser les esprits.

Des milliers de Palestiniens chrétiens et musulmans ont manifesté sur la place de la Mangeoire à Bethléem contre la parution récente dans la presse européenne de caricatures du prophète Mahomet jugées blasphématoires. Cette manifestation pacifique et oecuménique contraste avec celles, plus violentes, qui se déroulent depuis trois jours à Gaza, où les locaux de la représentation de l'Union européenne ont encore été lapidés hier par des protestataires.

Des rassemblements ont aussi eu lieu dans quatre villes d'Indonésie, le pays musulman le plus peuplé du monde. On notait des heurts avec la police dans la deuxième ville de l'archipel, Surabaya et des rassemblements ont aussi eu lieu en Inde et en Thaïlande.

Quelque 2000 islamistes algériens ont organisé un sit-in dans la capitale pour protester à leur tour contre les caricatures du prophète Mahomet publiées dans un premier temps dans la presse danoise.

Le gouvernement libanais a pour sa part présenté ses excuses à Copenhague et déploré des incidents «qui nuisent à l'image d'un Liban civilisé». Environ 300 personnes ont été arrêtées.

Le Danemark a conseillé à ses ressortissants de quitter le Liban et la Syrie et d'éviter de se déplacer au Moyen-Orient.

Des organisations musulmanes modérées ont souligné le risque de voir des extrémistes «prendre en otage» cette affaire.

À Beyrouth, l'imam Omar Bakri Mohamed, leader d'un groupe islamiste interdit en Grande-Bretagne, a réclamé la mort des auteurs des caricatures.

Le gouvernement pro-russe de Tchétchénie a par ailleurs interdit aux organisations humanitaires danoises d'exercer dans la petite république du Nord-Caucase.