Nucléaire - L'Iran fait de la résistance

Téhéran — L'Iran semblait danser d'un pied sur l'autre hier, réagissant au transfert de son dossier au Conseil de sécurité de l'ONU par la reprise de ses activités nucléaires sensibles tout en assurant que la porte des négociations restait ouverte.

«L'adoption de la politique de la résistance ne signifie pas que nous ne voulons plus parler ou coopérer», a expliqué le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki. Il a annoncé que son pays avait, sur ordre du président Mahmoud Ahmadinejad, cessé «toute coopération volontaire» avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

L'Iran a donc repris l'enrichissement d'uranium, qu'il est soupçonné de destiner à la fabrication d'armes et non d'électricité, et il n'autorisera plus les inspections-surprise de l'agence onusienne sur ses sites nucléaires, comme il s'y était volontairement prêté ces dernières années en signe de bonne volonté. Téhéran affirme qu'il continue néanmoins de respecter le TNP en insistant sur son droit à maîtriser tout le cycle nucléaire, à des fins civiles selon lui.

«Vous [l'Occident] ne pouvez rien faire! L'époque de la coercition et de la domination est finie!», a lancé le président Ahmadinejad, cité par l'agence de presse officielle IRNA. «Vous pouvez adopter autant de résolutions qu'il vous plaira, mais vous n'empêcherez pas la nation iranienne de progresser!». «Au nom de l'AIEA, ils veulent visiter toutes nos installations nucléaires pour connaître nos capacités de défense, mais nous ne les laisserons pas faire», a-t-il poursuivi.

Une loi adoptée l'an dernier prévoit qu'en cas de saisine du Conseil de sécurité, le gouvernement interdise les inspections indésirables de l'AIEA et ordonne la reprise des activités nucléaires suspendues, au premier chef l'enrichissement de l'uranium.

Mais Téhéran souffle le chaud et le froid. «Nous avons choisi notre voie sagement. Nous avons des solutions pour toutes les situations qui pourraient se présenter. Saisir le Conseil de sécurité fera indubitablement plus de mal à l'autre partie qu'à l'Iran [...] Nous n'avons pas peur du Conseil de sécurité, ce n'est pas la fin du monde», a déclaré le porte-parole des Affaires étrangères, Hamid Reza Asefi, avant d'ajouter que «la porte des négociations reste ouverte».

En outre, après avoir affirmé qu'il rejetait la proposition de Moscou d'enrichir l'uranium iranien sur le territoire russe, l'Iran a finalement décidé de maintenir les pourparlers prévus à ce sujet le 16 février, a précisé M. Asefi. «Si la proposition russe est rendue compatible avec les nouvelles conditions, cela peut être négocié», a-t-il dit, sans plus de détails. Le ministre russe de la Défense, Sergueï Ivanov, a pour sa part insisté hier sur le fait que Moscou était opposé au développement d'armes nucléaires par quelque pays que ce soit, mais il s'est montré sceptique sur l'efficacité d'éventuelles sanctions, «comme l'a montré le cas de l'Irak».

La Russie, a-t-il dit, déterminera sa position au Conseil de sécurité le mois prochain quand le directeur général de l'AIEA Mohamed el-Baradeï présentera son rapport sur les mesures à prendre côté iranien pour écarter les soupçons — gel de l'enrichissement d'uranium, possibilité de cesser la construction d'un réacteur à eau lourde, ratification officielle de l'accord renforçant l'autorité de l'AIEA dans les inspections et accès accru de l'AIEA au programme nucléaire.

Le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, a réaffirmé que la communauté internationale «était toujours intéressée par une solution négociée». L'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, qui discutaient depuis plus de deux ans avec l'Iran au nom de l'Union européenne et avec le soutien des États-Unis et de l'AIEA, ont recommandé la saisine du Conseil de sécurité, approuvée samedi par 27 des 35 pays membres de l'Agence, après la décision de Téhéran de relancer des activités sensibles.

Le secrétaire d'État adjoint américain, Robert Zoelick, a appelé la communauté internationale à éviter les divisions tandis que le ministre de la Défense Donald Rumsfeld, dans un entretien au journal allemand Handelsblatt à paraître aujourd'hui, n'excluait aucune option, «y compris militaire».