Les États-Unis se souviennent de la féministe Betty Friedan

Washington — Mère au foyer devenue militante féministe à l'énergie fougueuse, l'Américaine Betty Friedan, morte samedi le jour de ses 85 ans, a changé la société en créant dans les années 60 un mouvement qui allait se répandre des États-Unis dans une partie du monde.

Dans le début des années 60, alors que les bouleversements en profondeur sont déjà à l'oeuvre aux États-Unis, notamment dans le domaine racial, son livre, La Femme mystifiée (The Feminine Mystique) va servir de déclic à l'émancipation des femmes américaines.

Betty Friedan met au jour, dans son livre publié en 1963, ce qu'elle appelle le «problème qui n'a pas de nom» pour dénoncer la femme soumise aux tâches ménagères, cantonnée dans un rôle d'épouse et de mère.

Le livre devient rapidement un succès, source de controverse et point de départ d'une vaste remise en question. Plus de quarante ans plus tard, il est toujours étudié dans les universités américaines et s'est vendu à plus de trois millions d'exemplaires.

Friedan ne s'arrête pas là et, avec d'autres femmes, elle fonde en 1966 l'Organisation nationale des femmes (NOW), l'équivalent de l'organisation pour la défense des Noirs (NAACP). NOW milite pour le droit à l'avortement et une multitude de revendications imposées de haute lutte: travail des femmes avec égalité des salaires, congés maternité, crèches, etc.

«Messieurs, il y a une révolution qui gronde dans les cuisines américaines», avait écrit Betty Friedan, qui fut cette femme de la classe moyenne américaine des années 50, éduquée à l'université mais contrainte d'élever ses trois enfants à la maison une fois mariée.

L'annonce de sa mort faisait la une des journaux américains hier. «Elle a joué un rôle pivot, un rôle essentiel pour lancer la seconde vague du mouvement féministe moderne», a déclaré au Washington Post, la présidente actuelle de NOW, Kim Gandy.

«C'est une géante du XXe siècle pour les femmes et, plus important encore, elle a eu un rôle catalyseur pour changer la culture américaine», a dit pour sa part Eleanor Smeal, présidente de la Fondation pour la majorité féministe. «Elle a posé le problème et a eu le courage de faire quelque chose pour s'y attaquer», a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Betty Friedan est morte à Washington samedi des suites de problèmes cardiaques. Née le 4 février 1921 dans une famille juive de Peoria (Illinois, centre), elle fit des études brillantes en psychologie mais renonça à une carrière en épousant Carl Friedan, un directeur de théâtre, dont elle divorcera en 1969. Le couple a eu trois enfants.

Sa mort coïncide à quelques jours près avec celle d'une autre femme qui a joué un rôle prépondérant dans le mouvement des droits civiques, Coretta King, la veuve du pasteur noir Martin Luther King.

Avec un ego très fort qui lui faisait goûter la célébrité, Betty Friedan n'était pas toujours populaire y compris dans le mouvement féministe. Elle s'opposa à une radicalisation du mouvement féministe, refusant de voir dans la conquête des droits de la femme une guerre contre les mâles et trouvant excessives les manifestations de féministes brûlant leurs soutiens-gorge.

Si Betty Friedan avait pris ses distances depuis les années 90 avec les féministes, s'intéressant de plus en plus aux problèmes de la vieillesse, elle est restée une voix influente dans le mouvement des droits de la femme. «J'ai consacré ma vie à ouvrir des voies pour celles qui sont venues après moi, disait-elle dans une interview à la chaîne PBS quelques années avant sa mort, et cela me rend contente.»