En bref - La Pologne prend un virage nationaliste et ultracatholique

Varsovie — La Pologne a pris hier un net virage à droite avec la conclusion d'un alliance formelle des conservateurs au pouvoir avec une formation populiste antilibérale et un parti d'extrême droite catholique.

L'accord, qui a fait l'objet d'un document signé, éloigne la menace d'élections législatives anticipées qui pesait sur la Pologne depuis plusieurs semaines, seulement quatre mois après le dernier scrutin. Il ne prévoit pas l'entrée au gouvernement des populistes et des ultracatholiques mais suscite des interrogations sur le cours de la politique polonaise au cours des prochains mois, particulièrement vis-à-vis de l'Union européenne.

«Cet accord fait l'économie d'élections anticipées aux Polonais, fatigués des derniers scrutins», a déclaré Andrzej Lepper, chef des populistes de Samoobrona.

L'alliance entre les conservateurs de Droit et Justice (PiS) des frères jumeaux Kaczynski, les populistes de Samoobrona et les ultracatholiques de la Ligue des familles polonaises (LPR) disposera d'une majorité de 248 députés sur 460 à la Diète (Chambre basse).

Le PiS a gagné les élections législatives de septembre, de justesse devant les libéraux. Mais avec seulement 158 députés, il n'a pu former qu'un gouvernement minoritaire, dirigé par le premier ministre Kazimierz Marcinkiewicz. Il a bénéficié de l'appui ponctuel des populistes et de l'extrême droite, mais le récent vote du budget a donné lieu à des psychodrames en raison des surenchères des deux petits partis.

L'accord prévoit l'adoption d'un énorme paquet de 144 lois pour réformer le pays. «La signature du pacte signifie avant tout un changement radical, une grande épuration de l'État, une nouvelle politique économique qui tiendra compte des intérêts des laissés-pour-compte et pas seulement des intérêts des bénéficiaires des transformations des 16 dernières années», a affirmé Jaroslaw Kaczynski, dont le frère jumeau Lech est devenu président fin décembre. «La défense de nos intérêts nationaux sera quotidiennement à l'ordre du jour et nos partenaires devront en prendre note.»

Cette mise en garde survient alors que la Pologne multiplie ces derniers temps les points de friction avec l'Union européenne. Elle a ainsi mis lundi son veto à un accord européen sur les taux de TVA avant de battre en retraite mercredi.

Les populistes de Samoobrona et les ultracatholiques de LPR sont plus hostiles à l'Union européenne que le PiS, qui est seulement eurosceptique.

«Ce jour passera dans l'histoire comme un jour très important», a affirmé le chef des ultracatholiques, Roman Giertych, qui s'est réjoui de voir se réaliser un cauchemar pour les élites qui ont gouverné la Pologne depuis la fin du communisme.

Depuis 1990, la Pologne a été essentiellement gouvernée par la branche de centre-gauche du mouvement anticommuniste Solidarité et par des sociaux-démocrates issus du communisme.