Mahmoud al-Zahar, le chef du Hamas - « Le but de notre vie n'est pas de porter des armes »

Mahmoud al-Zahar
Photo: Agence Reuters Mahmoud al-Zahar

Gaza — Le docteur Mahmoud al-Zahar compte parmi les derniers fondateurs du Hamas toujours en vie. Ce chirurgien, né dans une famille prospère de Gaza, est aujourd'hui le principal dirigeant du Mouvement de la résistance islamique. Il répond aux questions de Libération.

Comment expliquez-vous votre victoire aux législatives du 25 janvier?

Cette victoire est une combinaison de deux facteurs. Elle est d'abord due à l'échec de l'Autorité palestinienne à faire aboutir ses objectifs politiques par la négociation avec Israël. La voie suivie par le Fatah depuis la conférence de Madrid de 1991 s'est achevée dans une impasse. Ensuite, l'énorme corruption de la direction a multiplié les souffrances que la population endure du fait de l'occupation. Face à cette situation, le Hamas a mené une campagne efficace. Nous avons mis l'accent sur les besoins sociaux du peuple tout en rappelant le rôle fondamental joué par la résistance militaire dans l'évacuation de la bande de Gaza. Les gens pensent que nous sommes les seuls à pouvoir reconstruire ce qui a été détruit par l'occupation et par la corruption.

Les Palestiniens vont donc vous juger sur vos capacités à améliorer leur vie quotidienne.

Nous avons un programme clair. Nos deux préoccupations essentielles sont l'économie et la sécurité. Un des principaux problèmes auxquels nous devons faire face est la tranquillité de nos concitoyens. Il y a beaucoup trop d'armes dans les rues, qui sont entre les mains des familles ou de certains organes de sécurité. Cela rend la situation difficile à contrôler. La restauration de l'ordre, de la discipline, est une de nos priorités. Nous n'accepterons ni corruption ni favoritisme. Nous allons désarmer les gangs et les mafias qui provoquent le chaos.

Mais pas les milices du Hamas?

Le but de notre vie n'est pas de porter des armes. Nous sommes issus de la longue tradition des Frères musulmans. Nous n'avons jamais adoré les armes. Mais à chaque fois que nous avons voulu organiser des manifestations pacifiques, les Israéliens nous ont tiré dessus, arrêtés, jetés en prison, torturés. En 1987, nous avons donc décidé de recourir à tous les moyens disponibles pour défendre notre peuple.

Les États-Unis et les médias sionistes ont alors inventé ce mythe: une petite organisation comme le Hamas pourrait détruire un État comme Israël, qui possède la bombe atomique. C'est ridicule.

Le Hamas a eu recours aux attentats suicides contre Israël. Les États-Unis et l'Europe l'ont inscrit sur la liste des organisations terroristes.

Les Occidentaux nous parlent toujours des attentats suicides. Mais que disent-ils des bombardements aériens sur des populations civiles? Tout peuple occupé a le droit de résister, comme l'ont fait les Français sous la direction du général de Gaulle, qui a aussi été traité de terroriste en son temps.

Si le Hamas est une organisation terroriste, cela signifie que tous les Palestiniens qui ont voté pour le Hamas dans des élections libres et justes sont des terroristes. Absurde. La résistance s'arrêtera quand s'arrêtera la violence de l'occupation.

Le Hamas refuse une solution basée sur la coexistence de deux États...

C'est Israël qui refuse la solution des deux États. Les accords d'Oslo de 1993 ne reconnaissent qu'une autonomie aux Palestiniens dans les territoires occupés depuis 1967. Après la signature de ces accords, la colonisation juive s'est poursuivie à Jérusalem, à Gaza, en Cisjordanie. Et les Palestiniens n'ont toujours pas d'État.

Pourquoi le Hamas refuse-t-il de reconnaître Israël?

Parce que nous pensons que la balle est dans le camp d'Israël, que toute reconnaissance d'Israël, aujourd'hui, serait un obstacle à l'obtention de nos droits et en contradiction avec la volonté de notre peuple.

L'OLP a reconnu Israël en 1993 et accepté la solution des deux États. Les dirigeants du Fatah ont pris l'Autorité palestinienne, qui a commencé à discuter avec les Israéliens. Qu'ont-ils obtenu? Rien!

Quand ils ont demandé la création d'un État dans les frontières de 1967, les Palestiniens ont dû faire face à une nouvelle agression qui s'est terminée par le massacre de notre population, la destruction de notre économie et la réoccupation militaire de nos territoires. Les gens en ont assez de ces réunions répugnantes où on voit les dirigeants palestiniens qui sourient à des généraux israéliens pour leur arracher une aumône. Nous ne pouvons rien obtenir de telles rencontres.

Les États-Unis et l'Europe menacent de vous couper les vivres si le Hamas refuse de reconnaître Israël.

Nous n'accepterons pas que les donations de la communauté internationale soient assorties de conditions politiques. En effet, cet argent doit servir au peuple palestinien, à construire des écoles, des hôpitaux, des centres sociaux. S'il le faut, nous utiliserons nos propres

ressources.

Nous ne voulons pas prendre la place des anciens corrompus pour les remplacer par de nouveaux corrompus. Nous allons débarrasser les institutions palestiniennes de la corruption et nous assainirons ainsi nos dépenses. Le Hamas fera appliquer la loi, et vous verrez alors que nous sommes compétents.

Quelle pourrait être la solution à cette apparente impasse diplomatique?

Nous demandons à être jugés selon nos actes. Nous avons la capacité de résoudre tous nos problèmes avec un peu de temps. Nous pensons que la paix dépend de la justice. Nous trouverons les voies de la paix si on propose enfin une solution juste aux Palestiniens.

N'oublions pas les cinq millions de Palestiniens qui vivent en exil. Si les Juifs parlent le leur droit historique au retour sur

la terre d'Israël après 3000 ans d'exil, pourquoi les Palestiniens expulsés il y a 57 ans n'auraient-il pas le droit de rentrer

chez eux?

Propos recueillis par Didier François