ONG québécoises - Actions directes

Selon l'Agence québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), les organisations non gouvernementales (ONG) du Québec oeuvrent dans une centaine de pays. Une présence qui donne des résultats concrets.

Les coopérants et les volontaires d'ONG québécoises choisissent de plus en plus fréquemment, dans le cadre d'une action à l'étranger, de porter le chapeau de conseillers ou d'accompagnateurs, laissant ainsi à la communauté concernée toutes les possibilités de s'approprier le projet.

Femmes et enfants du Népal

Le Centre canadien d'étude et de coopération internationale (CECI) travaille présentement à un projet d'envergure au Népal, qui vise à améliorer les conditions de vie des femmes et des enfants défavorisés de la région de Surkhet, lieu d'accueil des bureaux du CECI au Népal. La quasi-totalité des employés sont népalais.

Cette équipe de spécialistes en santé et en nutrition s'occupe de former les membres d'ONG locales en matière d'hygiène et de nutrition, afin qu'ils retransmettent ces connaissances aux villageoises. «Ça crée tout de suite un lien de confiance dans les communautés. Ces gens travaillent au développement de leur propre pays. Pour les habitants, l'intérêt de s'approprier ce qui leur est transmis est immédiat», explique Carine Guidicelli, directrice des communications du CECI.

L'objectif premier est de faire baisser le taux de mortalité infantile en enseignant aux mères à mieux se nourrir, en construisant de petits jardins dans lesquels elles plantent des légumes nutritifs et en leur apprenant les mesures d'hygiène élémentaires. Se laver les mains avant de faire la cuisine réduit les risques de diarrhée, première cause de décès chez les bambins jusqu'à l'âge de cinq ans. Ainsi, la santé des enfants s'améliore, et les femmes bénéficient d'un petit revenu grâce à la vente du surplus de denrées au marché.

Une autre visée du projet est de mettre un terme à la discrimination dont sont victimes les gens qui appartiennent aux basses castes, l'hindouisme étant fondé sur un système de castes. Beaucoup de femmes appartenant à ce groupe sont donc employées par le CECI afin qu'elles s'intègrent à la communauté et qu'un changement de mentalités se produise. Le CECI prévoit que ce projet de huit millions de dollars, en cours depuis deux ans, aura touché environ 50 000 personnes d'ici trois ans.

Depuis 1997, le CECI travaille également à l'implantation d'un système d'irrigation au Népal, qui a pour but d'augmenter le nombre d'acres de terre cultivable destinés aux agriculteurs. Les résultats sont probants; l'augmentation substantielle de la récolte des fermiers leur permet aujourd'hui de se nourrir toute l'année durant et de faire des profits. Les coopératives ont pu se regrouper en une fédération, afin d'être représentées auprès de leur gouvernement.

Un Pérou en santé

Au Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke, aucun coopérant n'est envoyé sur le terrain lorsqu'un projet est mis en oeuvre. Par exemple, l'ONG québécoise travaille actuellement à créer des «comités santé» dans sept coopératives de production de café d'une vallée isolée du Pérou, où l'accès aux services de santé est particulièrement limité.

Pour ce faire, elle s'est associée à une ONG locale spécialisée en santé et en citoyenneté. Les membres ont donné des formations intensives à quelques employés des coopératives participantes, lesquels ont, à leur tour, formé leurs collègues. Ces nouveaux «promoteurs» de la santé profitent ensuite de moments où les habitants se réunissent (assemblées générales, messes, cuisines populaires) pour sensibiliser la population à la prévention de la malaria ou de la fièvre jaune et donner des conseils nutritionnels afin d'enrayer la malnutrition. «Lorsqu'il y a eu une épidémie de malaria dans une des zones concernées, les gens étaient outillés pour faire de la sensibilisation et ils ont réussi à réduire l'impact de l'incident», raconte Daniel Vanoverschelde, agent de projet et de stage pour l'Amérique latine.

Alphabétisation au Sénégal

L'amélioration des conditions de vie passe également par l'éducation. Avec la collaboration de la Coopérative d'animation et de consultation, OXFAM Québec accompagne actuellement une agence sénégalaise dans un projet d'alphabétisation au Sénégal. Recrutés par le ministère de l'Éducation du Sénégal, les employés de cette agence travaillent en synergie avec des ONG et des associations sénégalaises ayant des compétences en alphabétisation. OXFAM agit ici à titre de conseiller et se rend régulièrement sur place, entre autres pour montrer à l'équipe comment lever des fonds, outil qui permettra à la communauté de continuer l'effort d'alphabétisation une fois le projet terminé. «On mise sur un renforcement des capacités pour que les Sénégalais se dotent d'une structure permanente», dit Jean-Pierre Chicoine, directeur adjoint du programme d'outre-mer.

Selon lui, le moyen d'alphabétisation le plus fréquent demeure le tableau et la craie. Quelques causeries avec les villageois sont aussi organisées. L'apprentissage est toujours lié à des thèmes de la vie quotidienne (récoltes, hygiène, nutrition, etc.). Selon M. Chicoine, de 7000 à 8000 Sénégalais apprennent chaque année à lire et à écrire par l'entremise de ce projet, en vigueur depuis près de six ans, qui se terminera en 2008.

Prévention du sida en Afrique de l'Ouest

La lutte contre le sida demeure une cause importante pour les ONG québécoises. Le Centre de coopération internationale en santé et développement (CCISD) travaille actuellement dans neuf pays de l'Afrique de l'Ouest à la prévention du sida auprès des personnes à haut risque (prostituées, routiers, tenanciers de bar, etc.). Cette troisième phase d'une intervention entamée en 1990 dispose de 32,5 millions de dollars. Depuis 2000, les employés de la CCISD — qui a pignon sur rue dans les pays africains concernés — ont formé 2233 agents de santé africains, dont le travail est spécialement adapté à la problématique des maladies transmises sexuellement. Les rencontres confidentielles et l'approche humaine qu'offrent ces spécialistes poussent davantage les indécis à passer un test de dépistage et les porteurs du VIH à se soigner adéquatement à moindre coût, puisque les médicaments prescrits sont génériques. Depuis 1997, tous les employés de la CCISD qui oeuvrent sur le terrain sont africains. «Ils sont dans leur milieu et peuvent adapter leur approche aux besoins et réalités de chacun de leurs pays», explique Denis Pinsonnault, directeur général de la CCISD. Des coopérants québécois se rendent à l'occasion en Afrique pour donner des formations, mais aucun d'entre eux n'y reste sur une base permanente. «La seule façon d'obtenir un développement durable, c'est de procéder à un transfert de savoir utilisable à long terme», explique Sylvie Gélinas, responsable des communications, en ajoutant que le projet prendra fin à l'été 2006.

L'appui communautaire des organismes locaux contribue notamment à conscientiser les femmes par rapport au pouvoir qu'elles peuvent exercer sur leur sexualité. Ainsi, quelques groupes de prostituées refusent dorénavant d'avoir des relations sexuelles non protégées.

Moins d'armes en Afrique

«Dans un milieu où l'on ne se sent pas en sécurité, les entreprises ne s'installent pas... Il ne peut y avoir de développement économique ou social», explique Suzanne Dumouchel, qui supervise un projet naissant du CECI en Afrique de l'Ouest portant sur la réduction de la prolifération des armes légères au Sénégal, en Gambie ainsi qu'en Guinée-Bissau et en Guinée-Conakry. «La sous-région de ce territoire [Liberia, Sierra Leone et Côte-d'Ivoire] a connu des périodes de guerre assez fortes, soutient Mme Dumouchel, ce qui explique qu'il y a une circulation d'armes dans la région provoquant des accidents, favorisant le braconnage, le vol de bétail, etc.»

Pour pallier le problème, les ONG et les forces de sécurité locales se sont associées pour mettre en oeuvre une campagne de sensibilisation intensive dans le but d'éveiller les gens aux dangers liés à la circulation des armes. Au menu: causeries éducatives menées par des membres d'ONG travaillant sur la question des armes légères, diffusion d'émissions de radio, échanges entre les communautés, etc. Les habitants seront également appelés à remettre leurs armes aux personnes qu'ils jugent dignes de confiance (imams, policiers, femmes), en échange de quoi des projets de développement seront financés dans leur village. Les armes seront enregistrées, stockées et brûlées dans un feu de joie. La principale tâche du CECI et de son partenaire OXFAM Grande-Bretagne en est une d'encadrement.

Femmes de Gaza

Difficile de passer sous silence le projet-pilote de l'ONG québécoise Alternatives, qui développe en ce moment deux centres communautaires dans autant de camps de réfugiés à Gaza. Le projet, réalisé en partenariat avec le ministère des Affaires sociales de l'Autorité palestinienne, cible 3000 femmes réfugiées défavorisées. L'objectif: leur donner toutes les chances d'améliorer leur sort et celui de leur famille. Dans ces centres communautaires, les femmes suivent des formations, notamment en ébénisterie ou en transformation de la nourriture, accréditées par le ministère de l'Éducation de la Palestine. Fortes de ces connaissances, elles peuvent ensuite créer leurs propres coopératives. Selon Abdirahman Amhed, chargé de projet pour le Moyen-Orient, un événement imprévu s'est produit dans ces centres: des clubs de femmes ont vu le jour. Les membres se sont dotées d'une charte, d'objectifs, et elles s'activent pour être entendues par l'Autorité palestinienne. Elles ont acquis un droit de parole.

Le principal bailleur de fonds de ces projets d'ONG québécoises est l'Agence canadienne de développement international (ACDI).

Collaboratrice du Devoir