Universités - Fini le colonialisme

L'Université du Québec à Rimouski (UQAR) et l'université Laval sont présentement à revoir leur modus operandi sur la scène internationale en matière de coopération. Les relations institutionnelles Nord-Sud ne se conjuguent plus à la sauce coloniale, semblerait-il. Il faut tout repenser.

«Il va falloir que nous nous dotions d'une politique institutionnelle forte au plan de la coopération internationale [...]. Le volet international n'est pas qu'une relation. On est passé de la relation internationale à l'action internationale et cela suppose qu'on redéfinisse nos stratégies d'action», affirme Gilles Breton, professeur de science politique à l'université Laval et responsable du comité chargé d'élaborer l'ensemble de la stratégie internationale de cette institution québécoise.

De son côté, Yvon Bouchard, doyen aux études avancées et à la recherche chargé du dossier de la coopération internationale de l'UQAR, soutient que son institution est présentement à «réviser notre stratégie de coopération internationale, à formuler une nouvelle politique. On veut se placer dans une position d'intervenant plus actif sur ce plan qu'on a pu le faire par le passé».

Rimouski-en-Brésil

Il va sans dire que l'UQAR s'est taillé une réputation enviable à l'échelle internationale dans le domaine de l'océanographie par le biais de l'une de ses composantes phares, soit l'Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER). Dans l'ensemble, cette institution rimouskoise, un rouage important du développement régional, détient quelque 28 ententes institutionnelles de tous ordres, dont une dizaine en France et d'autres en Slovaquie, en Argentine, en Roumanie, au Portugal, aux États-Unis et au Sénégal, notamment.

Soulignons aussi le projet Destination Brésil 2006, qui donnera l'occasion au mois de mai à un groupe de finissants de faire la découverte de cette terre lusophone et d'y étudier ses facettes sociétales, tels le phénomène de la violence dans la société brésilienne, les femmes, l'environnement, le fonctionnement des organismes communautaires, l'écart entre les riches et pauvres de même que la jeunesse.

Cette présence notable sur l'échiquier mondial n'est pas sans obliger l'UQAR à rectifier son mode de fonctionnement. «Il y a une quinzaine d'années, les universités étaient dans une position d'aide à l'étranger. Alors que présentement — et ce, sans mettre de côté cette notion d'aide et de service aux pays en voie de développement — on est dans une position où l'échiquier mondial est complètement changé. Ainsi, on ne peut plus fonctionner en vase clos et considérer des relations dans une perspective Nord-Sud comme une relation de dominant et de dominé, juge M. Bouchard. Et les relations conflictuelles, dit-il, ne sont pas les mêmes qu'elles étaient à l'époque. Il nous faut revoir nos façons d'interagir avec autrui.»

Laval-du-Sud

«Il ne faut pas aller dans le Sud sur le mode du colonialisme ni sur celui de la guerre froide afin d'assurer une présence politique», reprend M. Breton, dont l'institution contribue à sa façon dans les secteurs des sciences de la santé, des sciences humaines, de l'éducation, de la foresterie et de l'agriculture en Afrique francophone, en Amérique latine, au Viêtnam et en Chine, où elle pilote une campagne de lutte contre le tabagisme.

«Aujourd'hui, notre présence internationale doit permettre le développement d'universités [du Sud] que j'appelle "socialement pertinentes", dont la contribution devient un facteur central dans le développement de la société. En ce moment, les universités sont des maisons de production de savoirs et si on a réussi à se maintenir depuis l'époque du Moyen-Âge, c'est parce qu'on a toujours réfléchi à notre pertinence sociale. Et c'est ce qu'il faut faire à l'échelle internationale au plan de la coopération.»

En clair, poursuit M. Breton, la coopération internationale est une question de «transferts d'expertise dans le but d'aider les universités du Sud à développer leurs propres capacités, et ce, dans la perspective de réduire l'écart dans le rapport aux savoirs universitaires» qui, selon lui, n'a de cesse de s'élargir entre les deux hémisphères.

«Il nous faut repenser notre contribution au développement international. À mon avis, il n'y a pas une société qui, à l'heure actuelle, peut se permettre de faire l'économie d'un système universitaire efficace», observe M. Breton, qui juge nécessaire d'offrir aux universités du Sud les instruments idoines pour qu'elles puissent trouver des solutions aux problèmes auxquels sont confrontés leurs sociétés respectives. «Sinon, comment alors tenter de régler le problème de l'analphabétisme quand on n'est pas en mesure de diplômer suffisamment de professeurs, par exemple? Les pays du Sud ont besoin d'institutions universitaires qui fonctionnent, qui sont socialement utiles. Cela est tellement vrai que même la Banque mondiale l'a reconnu en affirmant que, dorénavant, les investissements dans le réseau universitaire allaient de soi», laisse tomber M. Breton.

Collaborateur du Devoir