Le Conseil de sécurité devrait se saisir du dossier iranien

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad (à droite) a visité hier la centrale de Bushehr.
Photo: Agence Reuters Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad (à droite) a visité hier la centrale de Bushehr.

Vienne — Le conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) se réunit en urgence, aujourd'hui et demain à Vienne, en pleine escalade verbale entre l'Iran et les Occidentaux, et il va en principe saisir le Conseil de sécurité de l'ONU du dossier nucléaire iranien.

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Chine et Russie) ont élaboré hier, avec l'Allemagne, un projet de résolution demandant à l'AIEA de renvoyer l'Iran devant la plus haute instance des Nations unies, ce dont ils avaient convenu mardi à Londres.

Le projet a été rédigé par la troïka européenne (Allemagne, France, Grande-Bretagne) et amendé à la demande de la Russie pour supprimer toute référence à des mesures punitives, a indiqué un diplomate.

Les auteurs de la résolution demandent au directeur général de l'AIEA, Mohammed el-Baradeï, «de faire rapport au Conseil de sécurité» sur les mesures que doit entreprendre l'Iran pour que «l'on puisse résoudre au mieux les questions en suspens et établir la confiance dans le caractère uniquement pacifique du programme iranien».

Pour la première fois, un texte de ce genre demande aussi que l'Iran «aide l'Agence à éclaircir d'éventuelles activités qui pourraient avoir une dimension nucléaire militaire».

Les rapporteurs se disent «très inquiets» que l'Iran soit en possession de documents sur la production d'hémisphères d'uranium métal, processus qui, d'après un rapport des inspecteurs de l'AIEA est «lié à la fabrication de composants d'armes nucléaires».

Téhéran avait reconnu l'an dernier être en possession de tels documents, mais en affirmant qu'ils avaient été fournis, sans avoir été demandés, par le réseau du marché noir pakistanais d'Abdoul Qadeer Khan. L'Iran proclame le caractère pacifique de ses programmes, ce dont doutent les Occidentaux en se référant notamment à 18 ans d'activités clandestines iraniennes.

Il lui est aussi demandé, dans la résolution, de coopérer pleinement avec les inspecteurs de l'AIEA et de «reconsidérer» la construction en cours, à Arak, d'un réacteur à eau lourde qui produirait du plutonium, l'autre ingrédient pour l'arme atomique.

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Dans son rapport, le responsable des garanties de non-prolifération, Ollie Heinonen, a aussi souligné que Téhéran avait confirmé la reprise des travaux de recherche visant à enrichir l'uranium, le 10 janvier à Natanz. Il indique aussi que la question de la livraison clandestine éventuelle de centrifugeuses sophistiquées P-2 a été discutée.

Afin d'apaiser Moscou, les Occidentaux ont admis à Londres que toute action du Conseil de sécurité serait repoussée au moins jusqu'au 6 mars, prochaine réunion ordinaire des gouverneurs, et à la publication d'un rapport complet sur l'Iran par Mohammed el-Baradeï.

La Russie a envoyé des émissaires hier en Iran et a demandé à ce pays de «coopérer» avec l'AIEA afin d'éliminer les soupçons.

Le premier ministre britannique, Tony Blair, a affirmé hier vouloir poursuivre le dossier «par des moyens pacifiques et diplomatiques».

Les États-Unis ont salué l'accord de Londres, tout en reconnaissant que le chemin diplomatique à parcourir est encore difficile.

Un haut responsable du département d'État a estimé qu'au moins 30 des 35 gouverneurs accepteraient le renvoi à New York. Seul le Venezuela avait voté, fin septembre, contre une résolution permettant une telle saisine.

Pourtant, a-t-il indiqué, «il n'y a eu aucune discussion significative sur les mesures» que pourrait décider le Conseil de sécurité, notamment «sur différents types de sanctions» éventuelles.

En tout cas, l'Iran a fait fi des pressions, hier. Son président, Mahmoud Ahmadinejad, a souligné que les puissances nucléaires n'empêcheraient pas l'Iran de poursuivre son programme nucléaire.

L'Iran cessera toute coopération «volontaire» dès samedi avec l'agence atomique si le Conseil de sécurité est «saisi» ou «informé», a déclaré le chef de la diplomatie, Manouchehr Mottaki, en référence au «protocole additionnel» du traité de non-prolifération, qui autorise l'AIEA à effectuer des inspections poussées. L'Iran reprendra l'enrichissement industriel d'uranium si son dossier est renvoyé à New York, a averti le négociateur en chef, Ali Larijani.