La représentation de l'être humain est proscrite par les théologiens traditionalistes

Le Caire — Toute représentation humaine sous toutes ses formes, par le dessin ou la caricature, est interdite par les théologiens les plus traditionalistes de l'islam sunnite, majoritaire dans le monde.

En revanche, les chiites, une subdivision minoritaire de l'islam, appliquent cette interdiction seulement pour le prophète Mahomet mais pas aux grands imams du mouvement, dont Ali et ses deux enfants, Hassan et Hussein. Les portraits de ces trois imams, vénérés notamment en Iran et en Irak, ornent les lieux publics.

«La représentation de l'être humain est proscrite sous toutes ses formes en islam», soulignent des théologiens sunnites.

Ils affirment que dès son retour à La Mecque après un exil (hijra, 622 de l'ère chrétienne) de dix ans à Médine, Mahomet avait ordonné la destruction des statues érigées autour de la Kaaba. C'est une des raisons pour lesquelles l'art islamique s'est développé autour de l'arabesque et de la calligraphie, soulignent des artistes arabes.

Cependant, au début du siècle dernier, un imam réformiste, Mohammed Abdou, a autorisé la représentation humaine par le dessin, la peinture et la sculpture.

La fatwa (avis religieux autorisé) de Mohammed Abdou répondait à l'interrogation d'un fidèle sur le caractère licite ou illicite de la représentation humaine.

Se fondant sur les mêmes textes que ses prédécesseurs, l'imam Abdou avait affirmé que l'interdiction de la représentation humaine était «caduque», la propagation de la foi islamique ayant rendu impossible le retour à l'adoration des statues, courante durant les siècles antérieurs à l'islam.

«L'imam Abdou s'était notamment appuyé sur le fait que le prophète Mahomet dormait sur un oreiller portant des illustrations et qu'il avait à son domicile des dessins accroché aux murs», précise le critique d'art égyptien Samir Gharib, haut fonctionnaire du ministère de la Culture. Avant la fatwa d'Abdou, l'expédition française en Égypte s'était accompagnée de la reprise de l'art du dessin et du portrait en Égypte.

Le portrait et la sculpture se sont par la suite affirmés à travers les oeuvres notamment des artistes égyptiens Mahmoud Said, qui a peint des femmes, et Mahmoud Mokhtar.

Malgré cette évolution, al-Azhar, la plus haute autorité sunnite dans le monde, a maintenu l'interdiction formelle de toute représentation de Mahomet et de ses dix compagnons les plus éminents.

Le film Le Message du réalisateur syrien défunt Mostafa Aqqad, projeté dans la quasi-totalité des pays arabes, est toujours interdit en Égypte et en Arabie Saoudite pour avoir montré l'oncle du prophète, Hamza, en violation de l'interdit d'al-Azhar. Samir Gharib rejette ces interprétations de la loi islamique en affirmant que moins de deux siècles après la mort du prophète, des artistes musulmans avaient exécuté un portait de Mahomet qu'ils avaient présenté à l'empereur de Chine.