Proche-Orient - Abbas et l'Égypte font pression sur le Hamas pour qu'il reconnaisse Israël

Le Caire — Le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas et l'Égypte ont fait pression de concert hier sur le mouvement radical palestinien Hamas, lui demandant de reconnaître Israël et de mettre fin à la violence pour former le nouveau gouvernement.

Le chef des services de renseignement égyptiens, Omar Souleiman, a annoncé que M. Abbas formulerait ces exigences au Hamas, à l'issue d'une réunion au Caire entre le leader palestinien et le président égyptien Hosni Moubarak, qui a également rencontré la chef de la diplomatie israélienne Tzipi Livni.

Moussa Abou Marzouk, un responsable du Hamas, qui a remporté les législatives palestiniennes le 25 janvier, a affirmé que son mouvement était prêt à discuter avec la «communauté internationale» d'une trêve avec Israël.

Mais M. Abou Marzouk, basé à Damas, a rejeté toute condition pour former un nouveau gouvernement. «Il n'est pas raisonnable qu'un responsable arabe ou palestinien épris de paix et de démocratie impose des conditions au peuple palestinien.»

M. Abbas s'entretiendra demain à Gaza avec une délégation du Hamas sur la formation du gouvernement, a indiqué le représentant palestinien auprès de la Ligue arabe, Mohammad Sobeih.

«Le Hamas doit s'engager sur trois points, a dit M. Souleiman à la presse. Un, stopper la violence. Deux, cela doit être une doctrine pour eux d'être engagés par tous les accords signés avec Israël. Trois, ils doivent reconnaître Israël.»

«Accords conclus»

«S'ils ne font pas cela, Abou Mazen [M. Abbas] ne leur demandera pas de former le gouvernement. Il formera [alors] le gouvernement avec d'autres parties», a dit M. Souleiman, présent à la réunion de MM. Moubarak et Abbas.

«S'ils n'acceptent pas de prendre des engagements sur ces trois problèmes, personne ne traitera avec eux», a encore dit ce négociateur clef entre l'Autorité palestinienne et les mouvements armés.

Le porte-parole de l'Autorité palestinienne, Nabil Abou Roudeina, a confirmé que Mahmoud Abbas demanderait au gouvernement formé par le Hamas de respecter «tous les accords» conclus avec Israël.

En provenance d'Amman où il a vu le roi Abdallah II mardi, M. Abbas a aussi rencontré au Caire le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa.

Le chef de la diplomatie égyptienne Ahmed Aboul Gheit a également souligné que tout mouvement politique qui veut assumer le pouvoir doit respecter «les accords déjà conclus».

Il s'exprimait après une rencontre avec Mme Livni qui, elle, a dit espérer «que finalement l'Autorité palestinienne ne sera pas transférée à un groupe terroriste, ce qu'est le Hamas».

Face à ces pressions, une délégation du Hamas a entamé une tournée arabe «pour expliquer le programme du mouvement aux dirigeants, renforcer les relations avec ces pays et obtenir une aide financière au peuple palestinien», selon un porte-parole du mouvement à Gaza.

La délégation est arrivée au Caire et devrait s'envoler pour Damas, selon une source du Hamas.

Juste avant de gagner l'Égypte, son premier voyage à l'étranger depuis sa récente nomination, Mme Livni avait indiqué qu'Israël prendrait une décision «dans les prochains jours» sur le transfert des fonds dus à l'Autorité palestinienne, gelés après la victoire électorale du Hamas.

Le quartette pour le Proche-Orient (États-Unis, Union européenne, Russie et ONU) a accepté de financer l'Autorité palestinienne jusqu'à la formation d'un gouvernement mais a indiqué lundi qu'il accordait un délai de deux à trois mois au Hamas pour qu'il renonce à la violence et reconnaisse Israël s'il veut conserver l'aide internationale.

M. Souleiman a cependant prédit que l'Iran volerait au secours du Hamas. «L'Iran leur donnera l'argent», a-t-il dit.

Le Hamas a écrasé le Fatah aux législatives, obtenant 76 sièges sur les 132 du Parlement, contre 43 pour le parti de M. Abbas, qui a régné sans partage pendant une décennie sur les institutions de l'Autorité palestinienne.