L'Iran menace de ne plus coopérer «volontairement» avec l'AIEA

Téhéran — L'Iran a menacé hier de cesser, dès samedi, toute coopération «volontaire» avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) si le Conseil de sécurité de l'ONU était saisi ou informé de son dossier nucléaire.

«Il n'y a pas de différence entre informer et saisir le Conseil de sécurité», a déclaré depuis Londres le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki, cité par la télévision iranienne. «Dans les deux cas, si le dossier est envoyé au Conseil de sécurité, l'Iran cessera sa coopération volontaire» avec l'AIEA «à partir du samedi 4 février», a-t-il dit, en référence au «protocole additionnel» qui autorise l'AIEA à mener des inspections poussées du programme nucléaire iranien.

Lundi, lors d'une réunion tenue à Londres, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Chine, Russie) et l'Allemagne ont «appelé l'Iran à revenir à une suspension totale de ses activités liées à l'enrichissement, y compris la recherche et le développement».

Fin 2003, Téhéran avait suspendu volontairement ses activités d'enrichissement d'uranium et accepté de signer et d'appliquer le protocole additionnel, sans toutefois l'avoir ratifié. Mais, le 10 janvier, il a annoncé la reprise de ses activités de recherche nucléaire.

«Nous avons dit à tous ceux avec qui nous avons discuté qu'il n'était pas question de suspendre de nouveau nos activités de recherche nucléaire. C'est irréversible», a affirmé M. Mottaki, précisant que «la recherche nucléaire est différente de la production industrielle du combustible nucléaire».

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et l'Allemagne ont décidé en outre que le conseil des gouverneurs de l'AIEA, dont une réunion extraordinaire est prévue le 2 février, devait «informer» le Conseil de sécurité de sa décision concernant les démarches demandées à l'Iran.

Ils ont cependant précisé que «le Conseil de sécurité devrait attendre» le rapport que le directeur général de l'AIEA, Mohammed el-Baradeï, doit présenter le 6 mars avant de «prendre une décision pour renforcer l'autorité de l'AIEA».

M. Mottaki a estimé que les «bases d'une entente» existaient toujours et que cela pouvait comprendre «le report de la réunion du 2 février du Conseil des gouverneurs de l'AIEA, au 6 mars».

Le «plan russe» compromis

L'envoi devant l'ONU du dossier nucléaire iranien pourrait compromettre le «plan russe», a également estimé M. Mottaki. Ce plan propose à l'Iran de transférer en Russie ses activités d'enrichissement pour donner des garanties aux Occidentaux que le programme nucléaire iranien ne dévie pas vers la construction d'une bombe nucléaire.

Auparavant, hier, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, avait menacé de ne plus appliquer le «protocole additionnel» si son dossier était transmis au Conseil de sécurité de l'ONU.

Le principal dirigeant chargé du nucléaire, Ali Larijani, a également indiqué hier qu'«informer ou saisir» le Conseil de sécurité du dossier iranien signifiait «la fin de la diplomatie». Il a mis en garde les Occidentaux, en affirmant que «les pays qui utilisent tous leurs moyens pour arrêter notre programme de recherche nucléaire doivent s'attendre à ce que l'Iran utilise toutes ses capacités dans la région», sans expliciter ses propos.

La Maison-Blanche a qualifié d'«importante» la décision prise à Londres et s'est félicitée du «consensus fort au sein de la communauté internationale sur cette question».

Rapport intermédiaire

De son côté, à Vienne, l'AIEA a annoncé que ses inspecteurs avaient vu en Iran des documents ayant trait à la fabrication de composants pour des armes nucléaires et a confirmé que Téhéran avait bien commencé les travaux de recherche visant à enrichir l'uranium.

Ces informations sont contenues dans un rapport intermédiaire que l'AIEA a transmis aux 35 États membres de son conseil des gouverneurs, qui se réunira en session extraordinaire demain et vendredi.