Philosophie - La postérité de Michel Foucault

Vingt ans après sa mort, la pensée de Michel Foucault continue d'exercer une réelle influence. Alors que la publication de son enseignement montre surtout la richesse de ses analyses philosophiques et historiques, des colloques tenus récemment au Québec permettent de mesurer la fécondité de son travail en sciences humaines. La publication d'actes est toujours une entreprise risquée, mais dans deux livres récents on trouvera un ensemble de contributions ouvertes et accessibles qui font la preuve que la lecture de Foucault peut être réellement productive pour la compréhension de la société contemporaine.

Le premier de ces ouvrages a été préparé par Alain Beaulieu, et il paraît dans une collection, «Mercure du Nord», qui ne manque pas d'audace dans la promotion de la pensée politique. Consacré à la question du contrôle social, ce recueil prend sa source dans le projet de confronter l'approche de Foucault avec des pratiques concrètes. Sensible aux engagements sociaux et politiques du philosophe, le responsable de ce livre a invité à la fois des théoriciens et des praticiens à discuter les modèles du pouvoir et du contrôle qui sous-tendent la réflexion de Foucault. Autant les pratiques de la psychiatrie que les modèles judiciaires sont passés au crible. Une lecture croisée de Foucault, Agamben et Negri intéressera tous ceux qui réfléchissent sur le biopolitique aujourd'hui (P. Di Vittorio). De même, des prolongements dans le domaine de l'institution de la recherche (F. Piron) et une passionnante table ronde sur Foucault et la théorie critique. Rien de lourd et d'académique ici, tout est vivant dans ce livre qui touche les grands enjeux percutés par l'oeuvre de Foucault.

Le second recueil fascine, tant il semble émerger d'une entreprise paradoxale: comment Foucault aurait-il jugé un effort provenant du monde des organisations et de la gestion? Les responsables de ce collectif sont conscients de la difficulté de retourner le questionnement sur la gouvernementalité en théorie des organisations, mais tel n'est pas vraiment leur propos: soucieux d'abord d'évaluer une approche très représentée dans la réflexion des sciences humaines, les auteurs proposent surtout des explorations critiques dans plusieurs domaines. Le cas de la discipline d'atelier ou celui des conventions collectives illustrent bien l'ouverture de ce livre à des questions concrètes sur le terrain de la gestion. De riches bilans critiques seront utiles à tous ceux, et ils sont nombreux, qui veulent sortir des paramètres un peu étroits des business schools. On peut penser autrement, c'est la démonstration que fait ce livre unique en son genre. Je le conseillerais à tous ceux qui désespèrent de l'utilité des sciences humaines: ses analyses montrent que la pensée critique est sortie de l'académie des philosophes et qu'elle a migré vers des domaines qu'on ne pouvait pas prévoir il y a à peine dix ans.

Collaborateur du Devoir

Michel Foucault et le contrôle social

Alain Beaulieu, sous la direction de Presses de l'Université Laval, «Mercure du Nord» - Québec, 2005, 292 pages

Gouvernement, organisation et gestion : l'héritage de Michel Foucault

Armand Hatchuel, Éric Pezet, Ken Starkey et Olivier Lenay, sous la direction de PUL, «Sciences de l'administration» - Québec, 2005, 467 pages