Littérature - Le prix Goncourt va à l'écrivain belge François Weyergans

François Weyergans a reçu le prix Goncourt hier à Paris.
Photo: Agence Reuters François Weyergans a reçu le prix Goncourt hier à Paris.

Paris — Le Goncourt, le plus prestigieux prix littéraire français, a été attribué hier à l'écrivain belge vivant en France François Weyergans pour son roman Trois jours chez ma mère.

François Weyergans l'a emporté devant Michel Houellebecq, l'écrivain contemporain français le plus traduit, auteur de La Possibilité d'une île, ouvrage qui a dominé la rentrée littéraire en France et passait pour favori.

«J'étais sûr que c'était quelqu'un d'autre, a réagi sur France 2 François Weyergans. J'étais en train de prendre un bain quand le téléphone portable a sonné.»

Le prix Renaudot est revenu à Nina Bouraoui, écrivaine française de père algérien, pour Mes mauvaises pensées.

Quand, plusieurs mois avant sa parution, M. Houellebecq parlait aux médias de son livre, le discret Weyergans, 64 ans, sorte de Woody Allen belge tombé en littérature, peinait à terminer un manuscrit dont personne ne savait la date de sortie.

Il l'a achevé in extremis pour prendre en marche, début octobre, le train du Goncourt.

Déjà, en juillet 2003, son éditeur, Grasset, faisait savoir que le roman, dont la parution était déjà régulièrement repoussée, sortirait sous peu!

La force de Weyergans est d'avoir intégré l'attente du livre à venir à son projet littéraire. «J'ai honnêtement eu du mal à le finir. Je l'ai terminé dans des états que je qualifierais de sub-dépressifs», a dit cet automne cet écrivain aussi exigeant que torturé.

Le roman raconte l'histoire d'un homme, le double de l'auteur, François Weyergraf, qui n'arrive pas à finir Trois jours chez ma mère dont le narrateur, François Graffenberg, aurait envie d'écrire les aventures d'un certain François Weyertein...

En recevant le prix, François Weyergans a déclaré avoir tout de suite informé sa mère, âgée de 91 ans, qui s'est montrée, a-t-il dit, «très émue et très heureuse».

Dans un communiqué, le ministre français de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, a félicité François Weyergans pour son prix «tellement mérité», affirmant que Trois Jours avec ma mère était un «hommage sensible et distancié, tout empreint de tendresse».

Dans Mes mauvaises pensées, Nina Bouraoui, 38 ans, née à Rennes d'un père algérien et d'une mère bretonne et qui a passé ses 14 premières années en Algérie, parle des questions qui la hantent depuis toujours comme l'amour, l'homosexualité, la famille.

Il ne s'agit pas du récit d'une thérapie, d'une analyse, mais bien d'un roman, à l'ambition hypnotique, parce que, explique l'écrivaine, «c'est une histoire rapportée: celle de ma famille, [...] de mes deux pays: je n'ai jamais quitté l'Algérie, on m'a enlevée à l'Algérie, je n'ai jamais fait mes adieux, j'ai appris à "devenir" en France, et je crois que je suis née deux fois».

«C'est une longue déclaration d'amour de 300 pages à la vie, à l'Algérie, à la France, à l'écriture. C'est un livre très humain, sur les séparations, sur les rencontres, et, surtout, c'est un long travail littéraire, et ça, j'y tiens beaucoup», a expliqué Mme Bouraoui.

Enfin, Gilles Martin-Chauffier est le lauréat du prix Renaudot de l'essai pour Le Roman de Constantinople (Le Rocher).

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