Exposition - André Breton, le pape du surréalisme, en souvenirs à Percé

Percé — Afin de commémorer le séjour d'André Breton en Gaspésie, la direction du musée Le Chafaud procédera dimanche à l'inauguration d'une plaque commémorative à Percé, offerte par l'ambassade de France à Ottawa. L'écrivain avait séjourné dans la péninsule gaspésienne à l'été 1944. C'est à la suite de ce séjour que son livre Arcane 17 avait jailli en lui.

Dans cet hymne à l'amour, à la poésie et à la vie qu'est Arcane 17, Breton écrit: «La géométrie d'un temps non entièrement révolu exigerait pour s'édifier l'appel à un observateur idéal, soustrait aux contingences de ce temps, ce qui tout d'abord implique la nécessité d'un lieu d'observation idéal, et si tout m'interdit de me substituer à cet observateur, il n'en est pas moins vrai que nul lieu ne m'a paru se conformer si bien aux conditions requises que le rocher Percé, tel qu'à certaines heures, il se découvre pour moi.»

Le musée Le Chafaud de Percé, situé juste en face de l'île Bonaventure, présente jusqu'au 9 octobre une exposition intitulée André Breton à... Percé. «C'est le fou de Bassan, écrit Breton, qui commande le rocher de Bonaventure, où son genre est représenté par six ou sept mille individus. Contrairement au goéland à ailes gris perle et au cormoran crêté, il ne se montre pas sur la côte de Percé pour participer au dépeçage des morues.»

Au musée Le Chafaud, 16 panneaux relatent dans un décor sobre la genèse et l'évolution du surréalisme. L'exposition se déploie aussi par le truchement d'une toile de Paul Béliveau, Hommage à André Breton, de photos, d'objets et d'une présentation de documents audiovisuels inédits.

À l'été 1944, quelque part au village, André Breton demande à Alfred Pellan: «Comment situez-vous votre oeuvre?» Pellan répond: «Moi, ce que je veux faire, c'est la synthèse de l'impressionnisme, du cubisme, du surréalisme et du fauvisme.» «Absurde!», s'exclame Breton, selon ce que raconte le directeur de l'Institut de recherche en art canadien de l'université Concordia, François-Marc Gagnon, lequel donnera dimanche une conférence sur l'empreinte que Percé a laissée dans la vie et l'oeuvre de Breton.

On y apprendra que c'est à l'invitation d'un ancien directeur du Jardin botanique de Montréal, Marcel Raymond, que Breton, alors en exil à New York, est allé à Percé. Le pape du surréalisme est alors accompagné de sa seconde femme, Élisa Claro, pour y chercher des agates. Il dira dans Arcane 17 que ce sont des cailloux «en habit d'arlequin».

«C'est à Percé que Breton prendra connaissance de la libération de Paris par les Alliés. Dès ce moment, il se mettra à écrire Arcane 17, inspiré qu'il était par la magnificence du paysage», affirme le directeur du musée Le Chafaud, Jean-Louis Le Breux, lui qui tient à bout de bras ce petit musée qui surnage tant bien que mal, faute de subventions.

En plus de l'événement Breton, qui ferme la marche de la 22e saison du musée, les visiteurs auront le loisir de jeter un dernier regard sur des clichés empreints d'une Gaspésie encore agraire captée sur le vif par la photographe américaine Lida Moser lors d'une tournée qu'elle fit à l'été 1950 en compagnie de l'abbé Félix-Antoine Savard, du folkloriste Luc Lacoursière et de Paul Gouin, alors haut fonctionnaire à la Culture sous le régime de Maurice Duplessis. À l'étage, le musée propose par ailleurs des photographies de facture automatiste prises par Renée Borduas, la fille de Paul-Émile Borduas.

Collaborateur du Devoir