La deuxième Journée québécoise des dictionnaires dure sept jours !

Source Université de Montréal
Monique C. Cormier, professeure au département de linguistique et de traduction de l’Université de Montréal.
Photo: Source Université de Montréal Monique C. Cormier, professeure au département de linguistique et de traduction de l’Université de Montréal.

Se laissant porter par son enthousiasme débordant, l'organisatrice de la deuxième Journée québécoise du dictionnaire, Monique C. Cormier, professeure au département de linguistique et de traduction de l'Université de Montréal, a décidé de gonfler l'activité d'un jour en une semaine complète de rencontres, débats et autres causeries, organisés de concert avec l'Association des libraires du Québec. En prime, un recueil de textes portant sur la genèse et l'évolution des dictionnaires Larousse sera publié pour ceux qui ne pourront assister aux activités ou qui voudront en savoir encore plus sur l'histoire de la célèbre publication.

Il y a deux ans, la première édition de la Journée québécoise des dictionnaires s'était déroulée sous le thème du Petit Robert et avait eu lieu à l'intérieur des murs de l'Université de Montréal. Cette fois-ci, l'événement est étendu à une semaine d'activités du 6 au 12 octobre, lesquelles se tiendront tant à l'université que dans les écoles et les librairies et viendront se greffer au colloque du 6 octobre, la fameuse Journée des dictionnaires, qui aura lieu à la Grande Bibliothèque nationale du Québec à Montréal. «Nous avons organisé les activités pour rejoindre les gens là où ils se trouvent. Notre événement s'adresse au grand public; il ne s'agit pas d'un colloque pointu pour universitaires seulement, explique Monique C. Cormier. Les présentations auront lieu dans une langue accessible, d'où le choix d'un lieu public comme la GBNQ. Après tout, la mission que s'était donnée Pierre Larousse n'était-elle pas d'"instruire tout le monde sur toutes choses"? Je pense qu'il y a un lien direct entre cette mission et celle de la Grande Bibliothèque.»

Des activités pour tous

Plusieurs activités, s'adressant à un public de 7 à 77 ans, et plus, auront lieu tout au long de la semaine, certaines plus ludiques, notamment celles destinées aux jeunes publics, et d'autres plus polémiques, tels les débats dont les sujets risquent de soulever les passions. Soulignons à ce chapitre celui à venir sur la nécessité d'un dictionnaire du français au Québec, sujet qui avait alimenté la polémique médiatique jusque dans nos pages l'hiver dernier, ou encore ceux portant sur l'utilisation de la nouvelle orthographe. Des échanges épiques sont à prévoir!

En dehors de Montréal, des causeries auront lieu à Rivière-du-Loup, Granby et Saint-Lambert. «À Rivière-du-Loup, la Semaine des dictionnaires s'ajoute à la Dictée du centenaire de la paroisse Saint-François-Xavier. Ainsi, elle est accessible à la clientèle, toujours dans notre souci de rejoindre les gens là où ils se trouvent», rappelle Mme Cormier.

«Dans le cadre du débat sur la nouvelle orthographe, nous avons sollicité l'avis d'experts québécois ainsi que le regard de spécialistes de l'extérieur du Québec. Les Français n'appliquent pas la nouvelle orthographe, sauf dans certains milieux. La question est de savoir si le Québec sera avant-gardiste, comme pour la féminisation des titres. L'Office de la langue française recommande son usage; est-ce que cela va se concrétiser? En fait, tout le monde parle de la nouvelle orthographe, mais savent-ils seulement ce que c'est? On va le définir! Même chose pour le débat sur l'importance d'un dictionnaire québécois. Ce sont des questions qui intéressent les gens, on doit les informer en présentant tous les points de vue sur le sujet», explique l'organisatrice.

Une autre activité qui risque de piquer les curieux porte sur le choix des «francophonismes», comprenant les québécismes qui s'ajoutent chaque année aux définitions du Larousse. Le processus de sélection sera expliqué par le rédacteur en chef de la publication, Yves Garnier.

Pour les jeunes

Du côté des jeunes, la programmation comprend des activités organisées dans les librairies et les écoles participantes. Par exemple, l'activité «Qu'est-ce que cache mon dictionnaire?» est destinée aux élèves du primaire et leur permettra de découvrir le contenu d'un article de dictionnaire, qui a beaucoup plus à offrir que la simple orthographe des mots.

Sous l'égide de Pascale Lefrançois et Ophélie Tremblay du département de linguistique de l'Université de Montréal, l'activité se tiendra à la librairie Monet, spécialisée dans la littérature jeunesse. «Nous avons des ententes avec des écoles primaires et secondaires. En principe, nous ne sommes pas touchés par le boycott des enseignants. Notre souci est l'amélioration de la qualité de la langue au Québec, et le dictionnaire constitue un outil essentiel. Plus on va intéresser les gens de tous les âges, incluant les élèves, plus ils auront le goût de le consulter», avance la professeure.

Un Larousse pédagogue

Monique Cormier explique son coup de coeur pour Pierre Larousse par le fait qu'il était avant tout un pédagogue. Ainsi, le Larousse permet d'accéder à la connaissance tout en stimulant l'imagination de ses lecteurs. «Le Larousse, c'est la science et la technique, mais c'est aussi prétexte à la rêverie, au voyage, au jeu... C'est à ça aussi que sert la journée, à démontrer toutes ces facettes. On a tendance à penser que les dictionnaires intéressent seulement les linguistes, mais les activités du colloque apportent d'autres regards: scientifiques, littéraires, artistiques...», insiste Mme Cormier.

Par exemple, Johanne Lamoureux, historienne de l'art, analysera les illustrations du Larousse tandis que François Wesemael, astrophysicien, évaluera l'évolution de la représentation des sciences en comparant les éditions de 1955 et de 2005. Deux sociologues, Marcel Fournier et Guy Gauthier, prendront aussi la parole au cours de l'événement pour décrire l'usage du Petit Larousse dans les familles québécoises.

«Il y a une forte tendance à travailler par secteur. Notre idée, c'était plutôt de décloisonner le savoir qui existe dans les universités et d'effectuer son transfert vers le grand public. Ceux qui ne peuvent se rendre sur place pourront consulter l'ouvrage collectif Les dictionnaires Larousse: genèse et évolution, qui reprend les thèmes du colloque et est rédigé dans une langue accessible qui peut être lue par l'ensemble de la population.»

Du côté des librairies

Sept librairies en tout participent à la Semaine québécoise du dictionnaire. Elles sont principalement situées à Montréal et dans ses environs. «Notre participation à la Semaine fait partie de notre projet de faire reconnaître les librairies comme des lieux de culture, pas juste de vente au détail, et ce, surtout à l'extérieur du marché de Montréal. En plus du simple achat de livres, la librairie permet par exemple de rencontrer des auteurs», explique Michel Montagne, directeur général de l'Association des libraires du Québec. «Au-delà de la vente, notre mandat consiste aussi en la promotion de la lecture, et le dictionnaire est un outil essentiel que les jeunes consultent à côté de leur livre; il joue un rôle essentiel dans leur apprentissage.»

Chez Olivieri, la librairie phare en matière d'organisation de causeries située à deux pas de l'Université de Montréal, la participation aux activités de la Semaine des dictionnaires était toute naturelle. La librairie Monet pour enfants organise souvent elle aussi des animations, mais ce n'est pas le cas de toutes les librairies participantes. «Pour certaines, c'est nouveau d'organiser des débats et des causeries. Et puis, une activité qui implique toute l'Association [des libraires du Québec], ça c'est nouveau! Le seul frein à la participation, c'est que ce ne sont pas toutes les librairies qui ont l'espace pour tenir de tels événements. Certaines ont des modules amovibles, d'autres non. Avec la modernisation des magasins, il y aura de plus en plus d'activités de ce genre. Si la collaboration se poursuit entre l'Université de Montréal et les libraires pour les prochaines éditions, la participation pourrait s'étendre de Joliette à Chicoutimi», avance le président de l'ALQ.

Semaine des dictionnaires: www.ling.umontreal.ca/dictionnaires

Collaboratrice du Devoir