La poésie comme acte quotidien

Source ANEL
Gaston Bellemare, président et fondateur du FIPTR.
Photo: Source ANEL Gaston Bellemare, président et fondateur du FIPTR.

Fort de quatre prix récoltés dans la foulée de sa 20e édition, le Festival international de poésie de Trois-Rivières (FIPTR) aborde l'avenir avec une assurance presque tranquille. Sa 21e édition s'ouvre d'ailleurs vendredi prochain sous la bannière prospective d'un vers de Nicole Brossard, «Le futur a des yeux de femme».

«On l'a repris pour signaler à Nicole notre admiration et pour sa contribution à l'évolution de la poésie québécoise, explique au Devoir Gaston Bellemare, président et fondateur du FIPTR. C'est aussi une façon de reconnaître et d'encourager la place grandissante des femmes dans des postes-clés de la société.» Une exposition réunira des artistes divers qui ont créé sur ce thème.

La nouvelle signature visuelle du festival, qui met de l'avant une image inédite plutôt qu'un paysage trifluvien, montre aussi qu'il porte son regard au loin, hors des limites géographiques de sa ville. Le festival demeure toutefois bien ancré dans celle-ci. Il vient d'ailleurs de recevoir, ex aequo avec Los Angeles, le prix de l'International Downtown Association dans la catégorie «événements spéciaux», pour la façon dont il investit et transforme le centre-ville de Trois-Rivières pendant sa tenue.

«Pour eux [les Trifluviens], la poésie est devenu un acte quotidien, rapporte M. Bellemare. L'un des principes du festival est d'amener les poètes là où les gens aiment aller, plutôt que le contraire.» D'où le foisonnement de dîners, soupers et apéros poésie de toute forme, occasions pour le grand public d'aller à la rencontre des artistes des mots dans un contexte décontracté.

Les poètes vont aussi à la rencontre des personnes âgées et des enfants, dont les créations sont exposées dans le parc des Sept-Chutes. «Le festival est une tentative de démocratisation, de rapprocher la poésie des gens, par la diversité — des poètes, des lieux, des menus et horaires proposés.»

Récitals

Outre ces activités de rapprochement avec le public qui se déclinent sans répit à toute heure du jour, les poètes se font aussi passeurs de vers lors des habituels récitals, cafés ou soirées de poésie. Un trio de poètes de la Martinique, de l'Argentine et de la Slovénie viendra notamment témoigner de la situation de la poésie dans leur pays respectif, qui ressemble bien souvent à la nôtre. «On invite Jean Royer à parler de Gaston Miron», souligne aussi M. Bellemare. Mais ils seront une centaine de poètes issus des cinq continents à converger dans la capitale mauricienne pour offrir leur bouquet de mots, du 30 septembre au 9 octobre.

Les lauréats de 15 prix québécois et canadiens, dont David Solway, Louise Desjardins, André Brochu, Kim Doré, participeront le samedi 8 octobre à la Grande Soirée, point culminant du FIPTR, aux côtés de 15 poètes étrangers, parmi lesquels Tatiana Chtcherbina, de la Russie, Francesc Parcerisas, de la Catalogne, Rodica Draghincescu, de la Roumanie, Yotsumoto Yasuhiro, du Japon, et Hyam Yared, du Liban.

Depuis quelques années, le FIPTR invite même les poètes étrangers à faire lecture de leur oeuvre dans leur langue d'origine. «On a attendu que le public soit prêt. Et il a fini par en demander...» Un présentateur lit d'abord le poème en français pour en livrer le sens, puis le poète le décline dans sa langue pour transmettre l'émotion. Et l'émotion passe chaque année avec un peu plus d'intensité...