Poésie - Paysage en mutation

Cet automne, le lecteur de poésie pourra peut-être s'offrir un peu de recul avec l'Anthologie apocryphe de la poésie québécoise du XXe siècle, document préparé par Violette Fontaine et Pierre L'Herbier et publié chez Varia. Est-ce que, comme le supposent ces deux universitaires, «la poésie québécoise est désormais assez évoluée pour supporter l'autodérision»? Il faudra le demander aux poètes qu'ils ont pastichés, dont Yves Préfontaine, Paul Chamberland, Louise Dupré, Hélène Dorion et bien d'autres, en plus de classiques tels Grandbois, Miron et Lasnier. Soixante-deux victimes au total, parodiées dans un esprit qu'on espère subtil.

Dans une veine plus positive, plusieurs jeunes éditeurs récidivent d'une heureuse façon. Après un printemps bien rempli, Le Quartanier continuera de raviver l'avant-gardisme avec plusieurs recueils, dont quelques-uns font place à des auteurs européens. Viendront d'abord Renée Gagnon (Des fois que je tombe), Claude Bernier (Ju) et Dauphin Vincent avec un poème narratif intitulé Têtes à claques. En octobre, l'éditeur au nom de sanglier lancera «Phacochères», une nouvelle collection de plaquettes où figureront d'abord Gilles Amalvi, F. P. Meny et Guillaume Fayard, alors qu'un cinquième numéro de la revue Le Quartanier verra le jour plus tard en saison.

Chez Marchand de feuilles, deux titres s'ajoutent à la collection poétique, soit Les Intimités parallèles d'Henrye Varennes et Lubiak de Julien Dupuis. Alors que le premier se présente comme un étrange musée de sciences naturelles explorant le territoire nordique, le second est le fait d'un jeune pataphysicien — donc forcément antipapiste et sujet à la «psychose himalayenne». À Québec, Le Lézard amoureux entamera sa saison avec un conte philosophique de Gaétan Soucy, L'Angoisse du héron, plaquette illustrée qui fera patienter les adeptes du romancier. À ses côtés, Vincent-Charles Lambert livrera une première oeuvre alliant des influences poétiques issues de plusieurs époques de notre littérature. Dans ce paysage en mutation, il faut aussi surveiller des éditeurs comme Rodrigol et 42e parallèle.

Les Herbes rouges promettent un programme abondant et diversifié. On surveillera d'abord Terra vecchia de Carole David et Taxidermie de Yannick Renaud, auxquels succéderont des recueils de Marcel Labine (Le Pas gagné), Nathalie Watteyne (Pas celle) et Daphnée Azoulay (Tout près de la nuit). Mélanie Grenier et Benoît Jutras (Prix Émile-Nelligan 2002) passent quant à eux le cap du deuxième recueil avec 121 cafards et un fusil et L'Étang noir, alors que Stéphane Jean, qui a déjà publié deux recueils aux Éditions David, offrira Jamais l'espace. Enfin, la collection «Five o'clock» s'enrichit de Comment vient l'amour, de Simone Routier.

À l'Hexagone, le prolifique Michel van Schendel revient avec Mille pas dans le jardin font aussi le tour du monde, alors qu'on célèbre Pierre Nepveu dans la collection «Rétrospectives» (Le Sens du soleil) et que Lucien Francoeur entre chez Typo avec Entre cuir et peau. Quatre titres font aussi surface chez Triptyque: Tout a une fin, d'Hélène Boissé, Panoptikon, de Francis Catalano, Vous êtes ici, de Léon-Guy Dupuis, puis L'Espace de la musique, d'Alain Gagnon.

Fidèles à leurs coutumes, les Éditions du Noroît proposeront de nombreux livres de poètes connus et moins connus. Tout débute avec le promeneur de fond Joël Pourbaix, dont l'excellent Labyrinthe 5 trouvera son successeur dans Les Morts de l'infini. Élise Turcotte est également de la partie en septembre avec Piano mélancolique, suivie par Paul Bélanger et son Origine des méridiens, Paul Chanel Malenfant (Vivre ainsi) et le nouveau venu Jonathan Lamy, dont Le Vertige dans la bouche est rangé dans la collection «Initiale» en compagnie d'Un bruit sourd entre les choses de Claude Latendresse.

Un peu plus tard, le prolifique éditeur nous livrera des productions d'Anthony Phelps (Une phrase lente de violoncelle), Louise Cotnoir (Les Îles) et Antonio D'Alfonso (Un homme de trop), auxquelles s'ajouteront Hôtel-Montréal, une traduction de Ken Norris par Pierre Des Ruisseaux, de même que Les Ombres lasses de l'auteur maison Jean-Marc Lefebvre.

Chez L'Oie de Cravan, on a droit à de la poésie érotique en prose avec La Petite, d'Anne Marbrun, d'abord paru en France à un très petit tirage. L'«éditeur lent» publiera aussi Le Voyageur des nuits de Thierry Horguelin et Myriam et le loup de Myriam Cliche, décrit comme un long poème d'amour.

À l'est, aux Éditions Trois-Pistoles, les auteurs Michel X Côté (Étoiles Talismans), Pierre Demers (Cuba) et Martin Pouliot (Horoscope pancréatique) poursuivent leur trajet, pendant que Mathieu Blais est accueilli comme recrue (Que le cri détaché de ta colère).

Notons enfin en vrac Le dimanche je suis amoureux de la mer, oeuvre écrite et illustrée de Serge Mongrain aux Heures bleues, et Les blanches feuilles où dorment nos âmes, quatrième recueil du poète Guy Jean aux Écrits des Hautes-Terres, auxquels s'ajouteront bien sûr plusieurs autres recueils, notamment aux Écrits des Forges.

Collaborateur du Devoir