Littérature française - Boucan d'orage

Le temps qu'il fait affecte plus que les conversations. Jusqu'où une entité sauvage peut-elle jouer sur la conscience et les sens? Le matériau spéculatif abonde. Gilbert Bordes l'a compris. Dans sa saga Les Colères du ciel et de la terre, il tire le parti dramatique d'un incident climatique.

Il a choisi la montagne. Un microcosme alpin est affecté par un séisme, qui voit surgir des réparateurs héroïques. Sous les couleurs affolantes de l'orage, les ingrédients du roman populaire, préliminaires à la série télévisée, sont rassemblés. Quelle manière plus élémentaire d'exister que l'antique lutte des géants contre les forces débridées du ciel?

Dans le premier volume, La Montagne brisée, le romancier de l'École de Brive, qui fut aussi chroniqueur météo de métier, met en branle l'équipe de spécialistes chargés d'intervenir après un cataclysme. Une multitude de figures romanesques circulent entre les pierres chavirées.

Dans le second volume, Le Dernier Orage, Bordes évoque les ondes de choc qui se propagent jusqu'à Paris et au-delà, sur la planète. Son imagination déborde dans la fantaisie de la science-fiction. «Clean World», l'organisme qui noyaute les droits de la terre, réussira-t-il à imposer sa géopolitique des climats? Les catastrophes sont-elles manipulées?

Un tel ouvrage traduit bien les peurs et les réactions concernant les changements du monde. Le temps des Gaulois, où on craignait que le ciel vous tombe sur la tête, est-il si loin? Le romancier s'en donne à coeur joie, pour une vingtième fois. Hexagonale agitation, avec une grande claque de divertissement à bon marché.

Collaboratrice du Devoir