Histoire littéraire - Chambres d'écriture

Les écrivains y trouvent la mort, l'amour ou l'inspiration. Lieu de création, lieu d'érotisme et espace de liberté entre quatre murs, l'hôtel alimente à fond le mythe romantique de l'écrivain sans domicile fixe. Et certains de ces endroits sont d'ailleurs depuis longtemps passés dans la légende.

C'est le cas du Grand Hôtel des Palmes, via Roma à Palerme, où le 14 juillet 1933 Raymond Roussel s'est ouvert les veines dans la chambre n° 224. C'est aussi le Danieli de Venise, tout en haut de la liste du Baedeker, où sont descendus Sand et Musset, Balzac puis Marcel Proust avec sa maman (venu y rejoindre Reynaldo Hahn). Le 2 juillet 1904, dans un lit de l'hôtel Sommer de Badenweiler, station thermale de la forêt Noire, c'est Anton Tchekhov qui se retourne lentement sur le côté gauche pour mourir après s'être fait monter du champagne. Sans oublier le célébrissime Chelsea Hotel de New York, avec sa cohorte d'écrivains, de plumitifs et de lézardés: Dylan Thomas, Nabokov, Burroughs, De Kooning, Janis Joplin, Leonard Cohen.

C'est aussi le souvenir toujours vivant de Proust au Grand Hôtel de Cabourg, construit sur la promenade qui porte aujourd'hui son nom. Ou bien, à l'Oriental de Bangkok, tour à tour fréquenté par Conrad, Graham Greene et Romain Gary, c'est la «crêpe romantique de Barbara Cartland» que propose la carte des desserts du Lord Jim, le restaurant de l'hôtel.

«L'hôtel est une boîte de Pandore», rappelle avec vérité Nathalie de Saint Phalle, auteure d'Hôtels littéraires, qui revisite ce livre paru une première fois aux Éditions Quai Voltaire en 1991. C'est ainsi qu'on trouve un peu de tout dans ce livre dont le sujet semble inépuisable: dictionnaire de lieux, chapelet de name dropping, courtepointe d'anecdotes, de passion et de création, prenant la forme allongée d'un pèlerinage dans certains des «lieux saints» de l'histoire littéraire.

Une véritable mine d'or pour grands et petits amateurs d'anecdotes littéraires, qui seront peut-être d'accord avec Brecht, qui croyait qu'habiter à l'hôtel n'était rien de moins que «la conception de la vie comme un roman». Rien de moins.

Collaborateur du Devoir