France - L'écrivaine algérienne Assia Djebar est élue à l'Académie française

Paris — L'écrivaine algérienne Assia Djebar a été élue hier à l'Académie française, a-t-on appris auprès de l'institution du Quai Conti. C'est la première fois qu'une personnalité d'origine maghrébine fait son entrée à l'Académie depuis sa création, en 1635.

Née en 1936 à Cherchell, près d'Alger, Assia Djebar a été la première Algérienne à être admise à l'École normale supérieure de Sèvres, en 1955, avant de publier un an plus tard son premier roman, La Soif, qui lui avait alors valu d'être comparée à Françoise Sagan. Docteure ès lettres de l'Université de Montpellier, elle a enseigné l'histoire à la faculté d'Alger de 1962 à 1965, puis la littérature française et le cinéma de 1974 à 1980.

Figure emblématique de l'émancipation des femmes en Algérie, elle a notamment écrit Loin de Médine (1991), Le Blanc de l'Algérie (1996), Ces voix qui m'assiègent (1999) ou encore La Femme sans sépulture (2002). Le cinéma lui a également inspiré plusieurs longs métrages, comme La Nouba des femmes du mont Chenoua, qui a obtenu le prix de la critique à la Biennale de Venise en 1979.

Elle a également écrit plusieurs nouvelles publiées dans l'ouvrage Femmes d'Alger dans leur appartement (1980). Celui-ci a été actualisé en 2002 avec une histoire inédite, La Nuit du récit de Fatima, où elle raconte la condition des femmes. Ce livre est devenu un classique dans de nombreux pays francophones.

Dans son dernier roman, La Disparition de la langue française, publié en 2003 chez Albin Michel, elle évoque le retour en Algérie d'un homme, écartelé entre son éducation française et les souvenirs qu'il garde de son pays natal.

Assia Djebar s'est dite «contente» d'intégrer l'Académie française «pour la reconnaissance que cela implique pour la littérature francophone de tous les autres pays, y compris évidemment du Maghreb [...] mais aussi de tous les pays africains».

«La langue française est depuis longtemps ma maison», a-t-elle expliqué sur France-Info en référence à ses 40 années d'écriture francophone.

«Le symbole, j'y ai peut-être réfléchi, mais au moment où j'ai accepté de répondre favorablement quand on m'a proposé de poser ma candidature. J'ai réfléchi effectivement par rapport à l'Algérie et par rapport aux années noires, à la décennie noire de 1990, où tant d'amis à moi francophones l'ont payé de leur vie», a-t-elle poursuivi.

Assia Djebar va occuper le fauteuil numéro cinq, occupé par le constitutionnaliste Georges Vedel jusqu'à son décès, en 2002.

L'Académie française est composée de 40 membres élus par leurs pairs. Depuis sa fondation, elle a reçu en son sein plus de 700 membres.