MCML: Des livres dans la ville

Des faits de l'Histoire peuvent être présentés aujourd'hui comme relevant presque de la légende, ou être rappelés dans le déroulement d'un conte où l'hier est décrit comme un temps magique. À la limite, dans certains cas, par un retour dans le temps, il y aurait de quoi faire un film!

Il était donc une fois... une petite ville qui était si fière de l'héritage laissé par un de ses éminents citoyens qu'elle édifia un monument à sa mémoire et construisit un édifice pour contenir ce legs précieux dont pourraient enfin jouir les générations futures.

Aujourd'hui donc, qui se rend en Alsace et visite Sélestat peut toujours avoir accès à la Bibliothèque humaniste. Elle est là pour conserver ces documents qui inscrivent en mots la pensée de la Renaissance ou qui nomment les choses: dans un des manuscrits, on trouve ainsi désigné pour la première fois ce continent que l'on nomme aujourd'hui Amérique. Et Beatus Rhenanus est ainsi passé à l'histoire avec cet «important» legs qui permit de rassembler en 1547, en un même lieu, 450 manuscrits et 530 incunables! Quant à la bibliothèque, un demi-millénaire plus tard, installée dans cet édifice qui n'a pas la taille d'une petite école, elle est reconnue comme l'un des 32 plus importants lieux dédiés aux livres du monde!

Métropole et capitale

Montréal confirme enfin son statut de métropole culturelle. Avec un investissement qui ne représente pas le cinquième de ce qu'il en coûterait pour ériger un tronçon d'autoroute urbaine, la ville reçoit un édifice qui demain rendra accessibles des millions de documents et permettra d'inscrire au quotidien le livre dans la trame urbaine. La Grande Bibliothèque n'est pas un luxe: elle est un outil nécessaire pour une collectivité qui croit que le savoir est un bien public.

Sans elle, Montréal n'aurait sans doute jamais reçu cette reconnaissance de l'UNESCO qui fait que la ville est devenue en 2005 la «capitale mondiale du livre». Pour ce coin d'Amérique, qui publie annuellement per capita plus de livres que la France ou l'Italie, il y a donc motif à réjouissance.

Toutefois, dans nos sociétés de consommation, il s'en trouvera plus d'un pour affirmer que «l'offre dépasse la demande», d'autres pour dire que le livre n'obtient plus sa juste place dans un univers devenu électronique, qu'enfin il faudrait savoir où se situe le livre dans un calendrier de priorités.

Celui qui vit de mots dira, à la suite d'une Nicole Brossard: «Littérature, voilà le fin mot qui fait exister une ville.» Pour qui compte les emplois, avec l'annonce, en une même journée d'avril, de l'agrandissement d'une imprimerie à Louiseville et de la construction d'un entrepôt de livres en Montérégie, il y a là preuve que le livre a aussi une réalité économique.

Et ce n'est pas tout. Montréal, déjà qualifiée de ville culturelle et ville de festivals, vivra bientôt au rythme des pages qui se tournent et des mots qui racontent. Plus tard, qui sait, on entendra peut-être dire: «À Montréal, il était une fois...»