MCML: Métropole culturelle

Montréal s'appuie sur des bases solides et diversifiées pour revendiquer le statut de métropole culturelle. La ville sur l'île, et la communauté métropolitaine aux alentours, voient défiler en grand nombre artistes et artisans de plusieurs disciplines et d'origines multiples. Les publics qui les applaudissent appartiennent à des milieux variés et forment tantôt des foules festivalières et bigarrées, tantôt des rassemblements plus homogènes.

Francine Senécal, vice-présidente du comité exécutif de la Ville de Montréal et responsable des dossiers de la culture et du patrimoine, copréside également la corporation de «Montréal, capitale mondiale du livre». Si d'aucuns se montrent sceptiques et plus réservés par rapport au concept de Montréal, métropole culturelle, elle s'empresse de remettre les pendules à l'heure: «Il faut arrêter d'être timides et reconnaître les forces de la ville. L'un de ses traits marquants repose sur une très grande diversité culturelle "au niveau" des événements.» Les publics sont à l'image de ce bouillonnement: «Une des forces de Montréal, c'est à la fois la culture officielle bien organisée en provenance des festivals, des grands musées, des théâtres, des maisons de la culture, de la danse et autres, mais nous avons aussi toute une vie culturelle issue des diverses communautés ethniques, qui prend de plus en plus de place, qui est de plus en plus reconnue.»

À titre d'exemple, Mme Senécal cite le Festival du monde arabe, qui en était cette année à sa cinquième édition. Elle en vante le caractère: «C'est un événement qui grandit de façon extraordinaire et qui se donne comme mission un rapprochement entre les groupes arabes et la population montréalaise entre guillemets de souche. Ce rapprochement s'effectue vraiment à travers la culture, la musique, la danse, le chant, des conférences, des lectures publiques. C'est une très belle image de ce qu'est le nouveau Montréal, de toute cette effervescence culturelle qui lui donne un visage très particulier qui ne se retrouve pas souvent dans d'autres villes.»

Politique pour la Ville

Montréal sera dotée sous peu d'une politique culturelle présentement en phase de consultation. Mme Senécal devrait être en mesure de présenter au conseil municipal le texte définitif de celle-ci au début de l'été. Son premier axe porte sur l'accessibilité, dont les bibliothèques représentent le fer de lance. Elle illustre le deuxième volet: «Il cible l'amélioration culturelle du cadre de vie. On veut inscrire la culture dans l'ensemble des projets urbains et, à ce propos, le meilleur exemple est évidemment le "quartier des spectacles", qui est un développement urbain s'inscrivant à l'intérieur d'une vision culturelle.»

La responsable du dossier aborde aussi l'aspect du soutien aux art et à la culture que contient le projet en voie de réalisation: «On a posé des gestes importants dans ce domaine depuis trois mois, notamment par l'augmentation du budget du Conseil des arts, qui a été porté à 10 millions, ce qui représente une augmentation de 16 % en trois ans. Voilà un moyen que nous nous sommes donné pour épauler les organismes culturels.» Certaines orientations de la politique devraient en outre servir à aider les artistes et les milieux de création, de même que celles-ci devraient favoriser le développement de la «cyberculture» et maintenir le rythme élevé de croissance de l'industrie du cinéma.

Livres et lecture

La coprésidente situe la place du livre dans l'univers culturel montréalais: «L'UNESCO nous accorde une dénomination très prestigieuse en nous reconnaissant capitale mondiale du livre 2005. Ce dont je suis particulièrement contente, c'est le fait que ce sont des partenaires privés qui ont proposé le choix de Montréal. C'est un geste très généreux de leur part.»

Pendant un an, il sera beaucoup question de livres et de lecture. Cet événement deviendra le moteur de plusieurs activités, dont elle retient, au nombre des plus importantes, la mise à niveau des bibliothèques de Montréal. Elle souhaite qu'un esprit de collaboration prenne forme pour en augmenter les retombées: «On invite nos partenaires de l'ensemble des festivals qui vont se tenir au cours de l'année à tenir une activité qui fait une place aux livres et à la lecture, selon un format qui va leur appartenir.»

Culture et économie

Francine Senécal souligne que le milieu culturel baigne toujours dans un environnement fragile. Plusieurs organismes éprouvent à l'occasion bien des difficultés: «Je pense que le soutien à la culture doit devenir une responsabilité qui est partagée par tout le monde. C'est un des éléments de la politique culturelle, mais on va devoir insister vraiment beaucoup là-dessus au cours des prochains mois et des prochaines années.»

Elle lance un appel au monde des affaires: «J'ai souvent l'occasion de féliciter des gens d'affaires qui investissent dans la culture, qui soutiennent des projets et des organismes. Pour les quelques-uns qui le font, plusieurs s'abstiennent encore. Nous avons besoin que le secteur des affaires reconnaisse la contribution des milieux culturels au développement de Montréal, et cela, également sur le plan économique.» Elle en veut pour preuve l'arrivée du Cirque du Soleil dans l'arrondissement Saint-Michel: la TOHU, la cité des arts du cirque, s'est installée dans le voisinage et on assiste à un redéploiement urbain et économique du secteur Saint-Michel. «Les hommes d'affaires devraient comprendre qu'il est avantageux de s'associer à des projets culturels.»

Mme Senécal réserve finalement une place prépondérante à la Communauté métropolitaine de Montréal dans sa vision du futur: «Il est essentiel que la CMM devienne un partenaire majeur dans le soutien et le développement du milieu culturel montréalais.»