MCML: Le temps de lire

Montréal regorge de lieux qui célèbrent la littérature. Environ le tiers des librairies du Québec, indépendantes ou soutenues par d'énormes structures, se retrouvent dans la métropole.

On y entre comme dans la caverne d'Ali Baba. Après avoir emprunté les marches qui mènent au chaleureux sous-sol, on découvre une pièce à l'écart où règnent quantité de livres aux formats et couleurs variés. Derrière la caisse, un homme à la tête grisonnante, le sourire aux lèvres. Le propriétaire de la Librairie d'Outremont fête cette année les 20 ans d'existence de son commerce, une des nombreuses librairies indépendantes de la métropole. Montréal accueille beaucoup de librairies — grosses ou petites, reliées ou non à des chaînes — qui célèbrent les livres à leur façon.

Les indépendantes font le poids

La SODEC dénombre 350 librairies au Québec, qu'elles soient agréées ou non, toutes catégories confondues. De ce nombre, près du tiers (109) se retrouvent à Montréal, et 75 d'entre elles sont des librairies indépendantes. Ce type de librairies domine au Québec, avec une part de marché atteignant 58 %. «Chaque librairie indépendante doit avoir sa propre personnalité. Nous ne sommes pas tributaires des succès, alors notre travail [le choix des livres] est un mélange de logique, d'intuition, de goût personnel et d'écoute du client», explique le propriétaire dans la soixantaine, Roland Benchimol.

La Librairie du Square, établie depuis 25 ans au nord du Quartier latin, ne donne pas sa place et accueille une clientèle étudiante. Le Parchemin apporte un vent de fraîcheur au monde souterrain du métro Berri-UQAM. On ne peut passer sous silence la Librairie Raffin, L'Écume des jours située dans le Mile-End, ou encore Olivieri sur Côte-des-Neiges.

Les propriétaires de ces deux dernières librairies indépendantes ont décidé de se démarquer en organisant régulièrement des rencontres et entretiens en compagnie de certains auteurs.

Yvon Lachance, président de l'Association des libraires du Québec et copropriétaire de la Librairie Olivieri, soutient que les librairies de ce genre doivent se distinguer en misant notamment sur le dynamisme afin de devenir «des lieux vivants pour échanger des idées et participer à des débats sociaux».

Le son ambiant du bistro Olivieri, connexe à la librairie, confère également à l'endroit son lot d'originalité. «À Montréal, il y a beaucoup de librairies qui ne se ressemblent pas et cela apporte un paysage plus diversifié aux clients», ajoute Yvon Lachance.

Le Marché du livre, à proximité du centre-ville, est incontournable pour qui désire plonger simultanément dans deux univers bien distincts: la librairie indépendante qui vend des livres neufs et la librairie d'occasion. Depuis son ouverture en 1984, le Marché du livre recueille d'un côté les nouvelles parutions et de l'autre, des centaines de dons de particuliers, permettant ainsi aux clients de mettre le grappin sur de vieux livres uniques parce qu'épuisés. Selon Jacques Couture, directeur de la librairie, le Marché du livre vend environ 7000 livres usagés par mois. La librairie se spécialise dans les bandes dessinées, neuves pour la plupart.

Des occasions variées

Certaines librairies dites spécialisées gagnent pourtant leur ciel en ne vendant que des livres usagés. C'est le cas de la Librairie Henri-Julien, qui détient un nombre impressionnant de livres de collection des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, une sélection importante d'albums et de livres de La Pléiade. Le propriétaire, Michel Lefebvre, est membre de la Confrérie de la librairie ancienne du Québec, organisme qui regroupe plusieurs libraires spécialisés et tente de promouvoir l'intérêt pour le livre ancien. Certaines librairies ont pignon sur rue, d'autres travaillent sur commande.

Toutefois, les librairies d'occasion «traditionnelles» restent plus nombreuses à Montréal. Si elles ont joyeusement pris d'assaut l'avenue du Mont-Royal, il n'en reste pas moins qu'on les retrouve un peu partout dans la ville, baignant dans une atmosphère feutrée ou musicale, toujours décontractée. Ils sont nombreux, les mordus d'«occases», à aimer feuilleter les livres jaunis par le temps. «Nous n'avons aucun problème à survivre. Nous sommes l'une des librairies les plus fréquentées», soutient Jean-Claude Blouin, libraire à L'Échange depuis 20 ans, un lieu qui réunit disques et livres usagés de toute sorte.

Bien qu'elle soit également généraliste, la Bouquinerie Saint-Denis se spécialise dans les livres anciens d'histoire, imprimés et édités au Québec au

XIXe siècle. «Ces livres n'ont pas été réédités et c'est un des seuls moyens de les trouver. Notre rôle est de préserver le patrimoine alors que les grandes surfaces offrent des nouveautés qui doivent rapidement se vendre», affirme Martin Turcotte, gérant des lieux.

Les chaînes

Les chaînes (Renaud-Bray, Archambault, Indigo) et grandes surfaces (principalement Costco et Wal-Mart) ont évidemment leur place au soleil. Elles détiennent 42 % du marché du livre au Québec. Les chaînes seulement comptent 34 succursales réparties dans la métropole. De ce nombre, une quinzaine appartiennent à Renaud-Bray qui détient plus de 25 % du marché québécois. «Nous voulons amuser les gens. Il y a de tout dans nos magasins: des disques, des jouets et des livres. La formule leur plaît. Pour l'achat de cadeaux, ils adorent Renaud-Bray, car ils sont rassurés par nos "coups de coeur"», explique le propriétaire, Pierre Renaud.

Pour ceux qui souhaitent lire en anglais, la chaîne Indigo, qui comprend les librairies Chapters, Coles et Smith, est très présente dans le décor montréalais avec une dizaine de succursales dans lesquelles il est possible de naviguer dans Internet, boire des cafés, acheter des cadeaux, écouter de la musique et fouiner dans les rangées de livres, bien sûr.