MCML: Promotion universitaire

Les littératures étrangère et québécoise font l'objet d'un large éventail de recherches au sein des universités du Québec. Pour assouvir la soif de connaissance des chercheurs, professeurs et étudiants, un nombre important de centres et de chaires de recherche ont vu le jour au cours des dernières années, ainsi que plusieurs projets individuels ou de groupe. Portrait des principaux laboratoires d'exploration universitaires portant sur la littérature d'ici et d'ailleurs.

À l'Université de Sherbrooke, des chercheurs axent leur travail sur l'histoire du livre et de l'édition au Québec, et d'autres se penchent sur l'étude de l'oeuvre de Anne Hébert.

À McGill, François Ricard, directeur du département de langue et littérature françaises, planche depuis 30 ans sur l'oeuvre de Gabrielle Roy. Il a développé avec son groupe de recherche ce qu'il qualifie de «centrale d'études et d'analyses sur l'oeuvre de Gabrielle Roy». En publiant plusieurs ouvrages élaborés à partir de manuscrits inédits de l'écrivaine, l'équipe a découvert quelques traits propres à son écriture. «Gabrielle Roy a révélé la ville aux écrivains et a beaucoup écrit sur la thématique du rapport mère-fille», dit François Ricard. Deux publications sont à venir, notamment une analyse de lettres personnelles et authentiques que Gabrielle Roy destinait à ses amies écrivaines. «Le rôle des universités en est un de conservation et de transmission de l'héritage littéraire», précise le chercheur.

De son côté, l'Université du Québec à Trois-Rivières se concentre notamment sur l'histoire de la rhétorique au Canada et en Europe à l'âge classique, tandis qu'à Rimouski, l'attention est portée vers le récit littéraire contemporain et l'identité générique.

Tout le Québec

Ce dernier projet fait partie du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ). Né en 2002 de l'union de deux centres de recherche universitaires — la plupart des projets déjà entamés ont survécu à ce mariage —, le CRILCQ trouve sa base à l'université Laval, ainsi qu'à l'Université de Montréal et à l'UQAM, bien que tous les chercheurs des universités du Québec puissent s'y greffer. Le Centre soutient près de 30 projets variés, subventionnés par le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada ou encore par les universités elles-mêmes. Il s'agit de la plus importante vitrine de littérature québécoise au monde, pense Micheline Cambron, directrice du CRILCQ à l'Université de Montréal. L'objectif du Centre est «d'assurer la présence de la littérature québécoise dans la cité, faire progresser la recherche, développer des réseaux internationaux pour une ouverture sur le Québec et former de jeunes chercheurs», explique-t-elle.

Le Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec (DOLQ) constitue un imposant projet du CRILCQ. Depuis 1971, sept tomes ont été publiés, résumant et décortiquant chacune des oeuvres qui, depuis les origines et jusqu'en 1990, sont les plus représentatives de l'évolution de la littérature québécoise, tous genres confondus. Le tome huit, qui examine les oeuvres produites de 1986 à 1990, est en cours de production.

La Vie littéraire au Québec, projet lancé en 1989, compte cinq tomes à son actif. Le groupe de recherche qui y travaille étudie les pratiques d'écriture de 1764 à 1970. «Le but est de situer l'oeuvre analysée dans son contexte, afin d'obtenir une vue d'ensemble de la période donnée», souligne Kenneth Landry, chercheur à l'université Laval. Le tome six, qui se retrouvera bientôt sur les tablettes, démontre, entre autres, une popularisation de la culture entre 1919 et 1933. Selon le chercheur, certains auteurs de cette époque se seraient lancés dans l'écriture de bouquins à l'eau de rose, influencés par les romans feuilletons français ou par les courriers du coeur. «C'est une composante de la vie littéraire qui a longtemps été ignorée par snobisme. Cette culture populaire existe encore au Québec, sous une autre forme», soutient Kenneth Landry.

Quête identitaire et ouverture au monde

Au dire de ce dernier, un même thème traverse quantité de recherches au Québec: la question de l'identité. «Notre préoccupation première est la définition de ce que nous sommes. Avant de savoir où nous allons, nous voulons savoir d'où nous venons et les universités rendent service à la société en produisant des ouvrages qui nous expliquent cela», affirme-t-il.

«Nous avons le désir de nous définir, mais celui-ci n'est pas exclusif. Nos recherches ne se déroulent pas en vase clos, nuance Micheline Cambron. Le CRILCQ porte une attention particulière à la façon dont les oeuvres québécoises sont en interaction avec les autres littératures», ajoute-t-elle.

Dans le même esprit d'ouverture au monde, Michel Biron, professeur au département de langue et littérature françaises de l'université McGill et titulaire d'une chaire de recherche octroyée par le gouvernement fédéral, étudie l'histoire et la sociologie de la littérature québécoise en la situant dans le champ élargi des études francophones. L'ultime but du projet consiste en l'aboutissement d'un seul ouvrage qui doit paraître en 2006 et présenter une synthèse complète des oeuvres littéraires québécoises depuis la Nouvelle-France jusqu'à aujourd'hui, en considérant l'influence des mouvements, courants et contextes socioculturels qui caractérisent l'époque de la parution de chacun des écrits traités. Il est ainsi possible de tracer des parallèles entre l'évolution des écritures et les moments de rupture qui ont bouleversé la littérature et la société québécoises. «Il s'agit ici de juger des textes. Lire, relire et relier pour produire une synthèse critique. L'ouvrage va permettre aux étudiants et aux chercheurs de se situer par rapport aux autres littératures», conclut Michel Biron.